Critique : Creepy – Emprise

Affiche de Creepy de Kyoshi Kurosawa, sur laquelle Teruyuki Kagawa se tient derrière Yuko Takeuchi devant un fond noir.

Après avoir été blessé, un ex-détective démissionne et aspire à une carrière plus tranquille en devenant professeur de criminologie. Suite à son installation dans une nouvelle demeure avec sa compagne Yasuko, Takakura découvre que son voisin a des attitudes extrêmement étranges. Alors que l’homme ne cesse d’interpeller Yasuko de façon inquiétante, l’envie d’enquêter et de percer le mystère de cet individu diabolique devient de plus en plus grande pour Takakura.

Si les fantômes de Vers l’autre rive avaient le don de nous réchauffer le cœur, le psychopathe du nouveau film de Kiyoshi Kurosawa a le pouvoir de faire l’inverse. Dans l’ouverture efficace de Creepy, Takakura échoue face à un criminel et finit sa carrière de policier sur un événement dramatique. L’installation avec Yasuko dans leur nouvelle maison laissait présager des moments de paix auxquels le réalisateur met fin dès les présentations avec Nishino, leur mystérieux voisin.

A chacune de ses apparitions, le malaise est présent. L’homme n’a aucun mal à créer un sentiment d’oppression autour de Yasuko. En parallèle, Takakura se remet à enquêter sur une affaire de disparitions avec un ancien coéquipier. Entre le quartier résidentiel du couple et le théâtre des disparitions sur lesquelles Takakura enquête, les ressemblances sont frappantes.

Photo de Hidetoshi Nishijima, Yuko Takeushi et Teruyuki Kagawa dans le film Creepy de Kiyoshi Kurosawa. Les trois personnages semblent en observer un quatrième dans leur quartier résidentiel.

Kiyoshi Kurosawa fait monter la pression progressivement sans pour autant laisser planer énormément de doutes sur la nature de Nishino. L’évidence sur l’identité du tueur ne freine en rien le récit et donne au contraire envie d’en savoir plus sur cet individu nihiliste. Menteur et manipulateur, Nishino tourne autour de ses potentielles victimes avec une nonchalance extrêmement irritante, à l’image du personnage incarné par Barry Foster dans Frenzy d’Alfred Hitchcock.

A ses côtés, l’impuissance des autres protagonistes ne fait que grandir. Les doutes dans le couple sont de plus en plus nombreux à mesure que l’emprise de Nishino sur Yasuko grandit. Kiyoshi Kurosawa prend le temps d’installer le malaise dans la première partie où le tueur ne fait que de rares apparitions. Dans la seconde moitié de Creepy, le récit bascule dans une atmosphère sordide et méchante.

Le réalisateur se sert parfaitement de la proximité entre les voisins repliés sur eux-mêmes ainsi que des décors du quartier résidentiel pour alimenter le suspense. Nishino est toujours à même de se tenir à la sortie d’une ruelle, à l’entrée d’un souterrain ou tranquillement assis dans un jardin public, prêt à resserrer l’étau sur ses victimes. Le long métrage lorgne plutôt du côté du film noir que de l’horreur mais les apparitions fantomatiques de Nishino suffisent à provoquer l’inquiétude.

Photo de Yuko Takeushi et Teruyuki Kagawa dans le film Creepy. Ce dernier observe la première s'éloigner de sa maison et semble marcher vers elle pour la rattraper.

Sa fourberie se transforme en cruauté lorsque l’on découvre ses actes. Réussissant à contourner la police et ses voisins, l’usurpateur s’impose aisément comme l’un des personnages les plus détestables que l’on ait vu au cinéma cette année. Si les recherches de Takakura tenaient en haleine, elles ne constituent qu’une entrée dans l’horreur que le spectateur s’apprête à découvrir.

Pour tenter de vaincre Nishino, l’ex-détective n’a d’autre choix que de surmonter son échec et faire cavalier seul, puisque ses anciens collègues ne voient que tardivement la menace que son voisin représente. Tout comme le spectateur, Takakura est alors confronté à une violence frontale qui apparaît à travers des plans fixes anxiogènes que Kurosawa dévoile toujours au bon moment.

Porté par les formidables Hidetoshi Nishijima, Yuko Takeuchi et surtout Teruyuki Kagawa, profondément marquant dans le rôle de Nishino, Creepy est un thriller extrêmement réussi. La richesse psychologique des personnages, l’emprise que le tueur gagne sur le couple et le regroupement de deux trames sont mis en place avec brio par Kiyoshi Kurosawa, cinéaste dont la maîtrise permet de susciter une sensation de fatalité et un effroi qui ne nous lâchent pas jusqu’à la scène finale.

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