Critique : Only God Forgives – Bangkok Dangerous

Affiche du film Only God Forgives de Nicolas Winding Refn sur laquelle nous voyons Ryan Gosling dans une pièce orangée avec des motifs thaïlandais au second plan.

Nicolas Winding Refn a connu un grand succès public avec Drive et se fait aujourd’hui huer et cracher dessus par ceux qui l’acclamaient il y a tout juste deux ans. Pourtant, le cinéaste est resté fidèle à lui-même et au lieu de signer une fausse suite à l’histoire du chauffeur silencieux, il a préféré s’exhiler en Thaïlande pour nous conter une histoire de gangsters encore plus sombre et nerveuse.

Il en a profité pour emmener son compère Ryan Gosling, définitivement très à l’aise dans les rôles de mecs taiseux et discrets. Mais à l’inverse du driver, son personnage ne contrôle pas du tout la tournure des événements. La détermination qu’il possédait dans Drive pour protéger Carey Mulligan (Never Let Me Go), il l’a totalement perdu ici lorsqu’il s’agit de venger son frère assassiné. Poussé par sa mère, une criminelle endurcie qui le déteste, il va devoir endosser les responsabilités des autres et subir les conséquences des actes de ses proches. Dans cette descente aux enfers qui nous plonge dans les bas fonds de Bangkok, il affrontera un redoutable policier adepte du sabre.

Si les gens n’ont pas aimé Only God Forgives, c’est en partie pour la destruction progressive de son héros. Gosling n’est plus l’icône imposante de Drive. Ici, il subit, peine à prendre des décisions et paraît passif. S’il ne manque pas de courage, il n’a en revanche pas la fibre pour le crime de sa famille et ce manque de cruauté l’handicape. Sa loyauté l’entraîne dans une spirale de violence dont la fin ne pourra être positive. Plus fragile que le chauffeur, on préfèrera ce personnage tourmenté entre ses relations familiales et sa volonté d’être juste. S’il ne parle pas plus que dans Drive, Winding Refn et Gosling parviennent à donner une véritable identité à Julian.

Photo de Ryan Gosling dans le film Only God Forgives de Nicolas Winding Refn. L'acteur est face à l'écran dans un pièce sombre, les poings levés, prêt à se battre.

Le réalisateur n’hésite pas à effacer son héros et s’affirme une nouvelle fois comme un excellent directeur d’acteurs. On n’avait jamais vu Kristin Scott Thomas (Dans la maison) aussi fourbe et vicieuse. La véritable surprise vient de Vithaya Pansringarm, qui incarne un flic sans pitié agissant selon sa propre morale. A chacune de ses apparitions, l’utilisation de la musique assourdissante le rend terrifiant. Winding Refn introduit de nombreuses contradictions dans cet individu qui n’hésite pas à torturer les criminels avant d’aller chanter des chansons d’amour avec ses collègues dans un karaoké.

Ces séquences ironiques contribuent au malaise ambiant, introduisent des ruptures dans le rythme et apparaissent généralement après une scène très brutale. Si elle est très graphique, la violence n’est jamais gratuite et Winding Refn ne cherche pas à choquer, seulement à créer un univers visuel froid et glacial comme il l’avait fait dans la trilogie Pusher ou l’excellent Valhalla Rising. Possédant son style propre, on est bluffés par ses plans larges symétriques et ses travellings magnifiés par une superbe photographie.

Only God Forgives est une œuvre spéciale et unique mais qui a totalement sa place dans la filmographie de son réalisateur et son acteur principal car elle comporte malgré tout de nombreux points communs avec leurs précédents travaux. Encore une excellente surprise dans cette année 2013 définitivement riche en coups de coeur.

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