Critique : Au Poste – Contre-enquête

Affiche d'Au Poste de Quentin Dupieux sur laquelle les deux personnages principaux prennent la pose à la manière de Belmondo dans les années 80

Dans son bureau, le commissaire Buron interroge Fugain, suspect du meurtre d’un homme qu’il a retrouvé avec le crâne fendu. Perturbé par les va-et-vient d’autres collègues, le policier tente tant bien que mal de démêler le vrai du faux autour de l’affaire, au cours d’une longue garde à vue marquée par la faim, la mort et des révélations inattendues impliquant notamment un fer à repasser.

Depuis Steak, son premier film, Quentin Dupieux s’est imposé comme l’un des maîtres de l’absurde dans le paysage cinématographique français, au même titre qu’Eric et Ramzy, qui s’en sont notamment donnés à cœur joie avec le sous-estimé La Tour 2 Contrôle Infernale. Avec Au Poste, le cinéaste reste fidèle à lui-même et si l’affiche rend hommage au cinéma d’Henri Verneuil et au Bébel des années 80, inutile de s’attendre à une intrigue riche en cascades et à une confrontation tendue dans la veine de Garde à vue.

Photo tirée d'Au Poste de Quentin Dupieux sur laquelle on peut voir Benoît Poelvoorde accoudé à son bureau, sceptique.Tout en revendiquant ces influences, notamment à travers les dégaines et les trognes des deux acteurs principaux, Au Poste ouvre un nouveau sillon dans la comédie policière française, à mille lieues de celui du Flic de Belleville. Quentin Dupieux joue habilement de l’exercice de l’interrogatoire pour rendre son non-sens totalement cohérent. Le spectateur n’est en effet jamais perdu et se délecte de chaque situation, notamment parce que le long-métrage est plus ramassé et concis que les précédents films du réalisateur.

Que ce soit avec les intrusions des collègues de Buron interprétés par les excellents Anaïs Demoustier, Marc Fraize et Philippe Duquesne, ou les flashbacks de Fugain durant lesquels on le voit notamment faire semblant de tirer sur une cigarette, les divagations sont nombreuses et l’absurdité est poussée à son paroxysme. En raison de ces nombreuses perturbations, le spectateur prend un plaisir fou à voir Benoît Poelvoorde, en très grande forme, tenter de recoller comme il peut les morceaux du récit décousu de son suspect.

Photo tirée du film Au Poste de Quentin Dupieux sur laquelle Benoît Poelvoorde se penche vers Grégoire Ludig le suspect qu'il interroge dans son commissariat.

Au Poste ne se limite par ailleurs pas à une succession de quiproquos sans aucune utilité et d’échanges tordants mais particulièrement vains. En effet, la poisse de Fugain, à laquelle l’interprétation blasée de Grégoire Ludig colle à merveille, permet à Quentin Dupieux de naviguer entre réalité et fiction jusqu’à un final surprenant et réjouissant. En quelques minutes, le cinéaste s’amuse à multiplier les twists jusqu’à une courte scène post-générique qui vient relancer le mystère.

En 1h10, le réalisateur parvient à aller l’essentiel tout en s’offrant de nombreux écarts. Il n’hésite pas à répéter les dialogues et à les étirer, jouant notamment sur le calme d’un homme présumé coupable malgré son impatience grandissante. De l’autre côté, le commissaire semble débordé mais n’hésite pas à caler ses rendez-vous amicaux en plein interrogatoire. Bizarrement, le spectateur a envie que Buron trouve une solution à ses problèmes d’agenda. Ces derniers viennent finalement amplifier le suspense d’une intrigue qui nous trompe avec malice lorsqu’elle nous extirpe des somptueux murs recouverts de moquette du bureau du commissaire. Lorsque le rideau se lève, le sourire du spectateur est présent, heureux d’avoir assisté à un joyeux bordel comme seul Quentin Dupieux sait les concocter.

Au Poste est à (re)découvrir en DVD et Blu-Ray dès le 14 novembre 2018.

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Critique : Parvana, une enfance en Afghanistan – Entre deux mondes

Affiche du film d'animation Parvana, une enfance en Afghanistan, sur laquelle on découvre le visage de l'héroïne entourée de nombreux dessins oniriques.

Parvana est une enfant de onze ans qui grandit dans la ville de Kaboul, sous le régime taliban. Elle aide son père, qui lui a transmis la passion pour les histoires, à travailler sur un marché où il officie en tant que lecteur et écrivain. Le jour où ce dernier est arrêté et emprisonné, la vie de la famille de Parvana bascule. La jeune fille va alors faire tout ce qu’elle peut pour continuer à travailler et tenter de faire libérer son père.

Dès les premières minutes, Parvana, une enfance en Afghanistan prend le spectateur à la gorge en dévoilant la bienveillance d’un père envers sa fille, sa manière de la protéger ainsi que la façon dont la famille de l’héroïne tente de se préserver dans un environnement en guerre. Si les traits des personnages paraissent, au premier abord, quelque peu bâclés, leurs sentiments sont cependant toujours perceptibles, notamment à travers des regards profondément évocateurs qui renforcent l’émotion.

Photo tirée du film d'animation Parvana, une enfance en Afghanistan sur laquelle le père de l'héroïne la prend affectueusement dans ses bras sur la place du marché.

Il en va de même avec l’architecture de Kaboul. La luminosité et l’énergie de la place du marché permettent d’en retranscrire son effervescence en seulement quelques images. À l’inverse, les rares scènes où Parvana se rend à la prison dégagent une atmosphère profondément froide qui saisit le spectateur tout aussi vite. L’apparente économie des détails fait en réalité la force de Parvana, qui se concentre davantage sur le parcours initiatique d’une héroïne dévouée, et dont la résilience pour trouver sa place dans un contexte marqué par l’absence de liberté s’avère très souvent bouleversante.

Destiné avant tout au jeune public, le film d’animation n’occulte pas la dureté et la violence de Kaboul. Si l’on a l’impression que certains personnages secondaires sont des archétypes manichéens, qui ôtent toute complexité à l’histoire et aux conflits de la ville, on se rend là encore très rapidement compte que le long-métrage regorge de nuances dans son écriture et réussit à les transmettre avec une simplicité déconcertante. Cela se traduit notamment par l’amitié entre Parvana et un taliban, qui naît à la lecture d’une lettre funeste et qui prend ensuite une ampleur extrêmement touchante au cours de deux scènes charnières dans le parcours de l’héroïne.

Photo tirée du film d'animation Parvana, une enfance en Afghanistan, sur laquelle l'héroïne descend les escaliers d'une rue de Kaboul.

En parallèle des épreuves que Parvana doit affronter, avec une bravoure et une malice impressionnantes, le spectateur suit le récit de Souleymane, le héros d’une histoire que la jeune fille raconte à son jeune frère. Alors qu’elle met sa vie en danger pour sauver les siens, l’enfant puise son courage dans ce conte magnifié par les images oniriques pensées par les équipes de Cartoon Saloon, qui s’alternent à merveille avec son quotidien. Grâce à ce procédé narratif qui met parfaitement en valeur l’importance de l’imaginaire et de la transmission, la réalisatrice Nora Twomey double son film d’un propos sur le deuil et sur les mots qu’il est nécessaire de poser dessus afin d’en tirer de la force.

Doublé par Golshifhteh Farahani, ainsi que par d’autres comédiens d’origine afghane en exil, Parvana, une enfance en Afghanistan est une œuvre engagée qui parvient à faire naître l’émotion chez le spectateur dès son introduction et ne tombe jamais dans le didactisme. À la fois peinture d’un carrefour culturel convoité au fil des siècles et récit initiatique dans Kaboul à l’aube des années 2000, le long-métrage s’impose incontestablement comme l’un des films d’animation les plus réussis de l’année.

Parvana, une enfance en Afghanistan est à (re)découvrir en DVD et Blu-Ray le mercredi 31 octobre 2018.

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Critique : RBG – Conviction

RBG : Affiche du documentaire sur laquelle on découvre un portrait façon pop art de Ruth Bader Ginsburg.

Véritable icône des temps modernes, Ruth Bader Ginsburg est devenue en 1993 la deuxième femme nommée à la Cour Suprême des États-Unis. Aujourd’hui âgée de 85 ans, la juge est perçue comme l’un des plus gros symboles de la lutte contre les discriminations sexistes aux USA. Entre 1973 et 1976, l’ancienne avocate a notamment remporté notamment cinq cas sur six de discriminations portés devant la Cour Suprême.

La carrière de Ruth Bader Ginsburg est tellement dense qu’il était impossible de tout retracer en un peu plus d’1h30 de documentaire. Pour dresser un portrait exhaustif de la juge américaine critiquée en 2016 pour avoir qualifié Donald Trump d’« imposteur », les réalisatrices Betsy West et Julie Cohen ont axé RBG sur la personnalité de cette femme hors du commun.

Portrait de Ruth Bader Ginsburg, en tenue de juge, fait pour le documentaire RBG.

Dans ce long-métrage passionnant qui retrace son parcours de manière chronologique – ce qui n’est en rien un défaut puisque son ascension est totalement cohérente -, on découvre d’abord les préceptes que Ruth Bader Ginsburg a reçus de ses parents, et notamment ceux de sa mère qui a toujours prôné l’indépendance des femmes à une époque où elle semblait encore totalement absurde pour une grande partie de la population américaine.

L’implication dans le travail est l’un des autres aspects de son éducation que la juriste n’a cessé d’appliquer et qui ne cesse d’ailleurs d’impressionner son entourage. Constamment en activité, que ce soit pour donner une conférence ou pour effectuer une performance scénique, The Notorious RBG – surnom repris de Biggie Smalls, rappeur originaire de Brooklyn, comme elle – semble ne jamais s’arrêter et est surtout toujours autant guidée par ses engagements.

À travers des témoignages et des images d’archives, RBG retrace l’incroyable carrière d’une femme qui a su être le témoin de son époque pour mieux tenter de la faire progresser, en devenant par exemple en 1972 la co-fondatrice du « Women’s Rights Project », inspiré par le mouvement des droits civiques.

Photo de la juge siégeant à la Cour Suprême Ruth Bader Ginsburg, qui se trouve devant une fenêtre.

En plus de dépeindre avec des interventions toujours captivantes les actions de ce véritable modèle d’acharnement devenu une dissidente politique malgré elle, RBG dévoile par ailleurs la vie personnelle extrêmement touchante de la juge. Réservée, Ruth Bader Ginsburg a été mariée pendant plus de 50 ans à Martin Ginsburg, éminent avocat fiscal qui n’a jamais hésité à faire passer sa carrière au second plan pour que son épouse puisse gravir les échelons. Couple moderne qui semble avoir toujours préféré rire de cette situation plutôt que de s’en vanter, les Ginsburg ont vécu une histoire d’amour qui occupe une place fondamentale dans le film.

Leurs rapports révèlent la discrétion de Ruth Bader Ginsburg, qui n’hésitait pas à se mettre en retrait durant leurs apparitions publiques, en raison d’une timidité que son mari décédé en 2010 semblait savoir préserver à merveille. Ce trait de caractère n’a en tout cas jamais empêché RBG de faire valoir ses idées calmement à son auditoire, même lorsque ce dernier tenait des positions ultra conservatrices, voire totalement rétrogrades. Son élégance, associée à un argumentaire en béton lors de ses plaidoiries, est d’ailleurs elle aussi totalement perceptible dans ce documentaire actuel à ne pas rater, d’autant plus depuis que Brett Kavanaugh a obtenu son siège à la Cour Suprême des États-Unis.

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Critique : En Guerre – Solutions locales pour un désordre global

Affiche d'En Guerre de Stéphane Brizé, sur laquelle on découvre le visage de Vincent Lindon, qui paraît extrêmement déterminé.

Après avoir imposé de nombreux sacrifices financiers à ses employés et malgré un bénéfice record, la direction de l’usine Perrin, basée à Agen et spécialisée dans la sous-traitance automobile, décide de mettre la clef sous la porte. Porte-parole des 1100 salariés sur le point d’être licenciés, Laurent Amédéo met tout en œuvre pour qu’ils puissent récupérer leur emploi.

Avec En Guerre, Stéphane Brizé signe probablement son long-métrage le plus immersif et le plus prenant, qui révèle à merveille son alchimie avec Vincent Lindon. Dès la première séquence, durant laquelle les employés expliquent aux médias les raisons de leur colère, qui ne cesseront d’être minimisées dans chacun des interludes reprenant le format des chaînes d’information, le comédien est immédiatement reconnaissable parmi la foule.

Très rapidement, les caméras du réalisateur se resserrent sur l’acteur, sans pour autant délaisser les comédiens non professionnels, qui ne déméritent pas et rendent le travail de préparation autour des dialogues extrêmement ciselés et percutants totalement perceptible, sans que leur jeu ne paraisse démonstratif ou poseur. Au contraire, le réalisme et le naturel auxquels aspire Stéphane Brizé ont rarement été aussi bien retranscrits dans sa filmographie.

Photo tirée du film En Guerre sur laquelle Vincent Lindon est au centre, en train de participer à une manifestation.

À mesure que la lutte sociale s’intensifie, Laurent Amédéo redouble d’efforts et l’utilisation de la longue focale rend à la fois compte de l’étouffement auquel il tente de faire face et le besoin de combattre, lisible en permanence sur son visage. Ce ressenti trouve son point culminant lors d’une confrontation avec les CRS à Paris, où les salariés décident de monter pour tenter d’entamer des négociations avec un dirigeant influent, durant laquelle le porte-parole fait tout pour garder son sang-froid alors que le poids des corps qui s’entrechoquent est palpable.

Lors des séquences de discours, le spectateur oublie parfois qu’Amédéo est présent, jusqu’à ce qu’il prenne la parole pour appuyer un point précis du débat ou pour lancer un contre-argument à ses opposants. Ce sont aussi ces longues scènes d’échanges qui dévoilent l’implication d’un personnage qui ne faiblit à aucun instant, y compris lors de ses rares moments d’accalmie, et qui le rendent extrêmement touchant. Elles révèlent par ailleurs l’énorme travail de documentation fait par Stéphane Brizé et son co-scénariste Olivier Gorce, qui ne tombent à aucun moment dans la caricature à travers les situations abordées.

Photo tirée du film En Guerre sur laquelle on voit le visage de Vincent Lindon, que l'on devine au coeur d'un rassemblement.

La musique de Bertrand Blessing qui résonne lors des moments de révolte face aux injustices amplifie par ailleurs la tension permanente d’un long-métrage au rythme soutenu. Elle préfigure même une conclusion que le spectateur ne voit absolument pas venir et qui témoigne de l’engagement total du personnage principal. Sans prendre parti lors des débats, Stéphane Brizé donne son point de vue sur le sujet du film en collant au maximum à Laurent Amédéo, personnalité jusqu’au-boutiste dans sa façon de toujours faire passer son individualité au second plan.

Les rares séquences où il évoque ou passe du temps avec sa famille, et dans lesquelles il ne dévoile jamais le poids de ses responsabilités, contrecarrent habilement les images des chaînes d’informations ou celles filmées par un smartphone. La mise en parallèle de ces scènes diamétralement opposées appuie avec brio sur le décalage entre la mise en contexte que le sujet mérite et la facilité avec laquelle le traitement médiatique le réduit pour n’en garder que les frasques, déformant ainsi profondément son essence. En cela, En Guerre représente une très belle réussite, en plus du fait que le long-métrage nous rappelle que Vincent Lindon est l’un de nos comédiens les plus précieux.

En Guerre est à (re)découvrir en DVD et Blu-Ray.

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Critique : Otages à Entebbe – Desperate Hours

Affiche d'Otages à Entebbe sur laquelle on voit les personnages incarnés par Daniel Brühl et Rosamund Pike, que l'on ne distingue pas clairement étant donné qu'ils sont dans l'obscurité, sous l'avion détourné.

En juin 1976, un vol Tel Aviv-Paris est détourné par des membres du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) et du Revolutionäre Zellen. Alors que les otages sont retenus à l’aéroport d’Entebbe, en Ouganda, le gouvernement israélien ordonne aux forces militaires de préparer une opération pour les libérer.

Après les interventions pour le moins musclées des deux volets de Tropa de Elite et la présentation d’un Detroit fasciste et ultra-sécuritaire du décevant RoboCop, le cinéaste brésilien José Padilha continue d’explorer l’utilisation des policiers et militaires à des fins géopolitiques. Le réalisateur revient cette fois-ci sur un épisode majeur du conflit israélo-palestinien à travers différents points de vue, faisant quasiment passer les forces militaires israéliennes à l’origine d’une opération qui secoua le monde entier au second plan.

Photo tirée du film Otages à Entebbe de José Padilha, sur laquelle Rosamund Pike et Daniel Brühl surveillent les otages retenus dans l'ancien terminal d'Entebbe.

La forme d’Otages à Entebbe paraît classique dans le sens où la narration est scindée entre les sept jours de la prise d’otages. Elle permet cependant au réalisateur de présenter de manière exhaustive la pluralité des enjeux politiques et humains. D’un côté, les membres du FPLP et les deux Allemands sont convaincus du bien-fondé du détournement censé servir une cause qu’ils jugent nobles. D’un autre, Idi Amin Dada, qui avait pris le pouvoir de l’Ouganda cinq ans plus tôt, voit une occasion de briller avec ce chapitre de l’Histoire. A mesure que les jours passent, le dictateur se rend cependant bien compte que le fait d’avoir accueilli les preneurs d’otages pourrait nuire à certaines de ses relations diplomatiques. Enfin, Padilha se penche également sur les différentes motivations du gouvernement israélien, au sein duquel certains souhaitent un accord de paix, à l’image du Premier ministre Yithzak Rabin, tandis que d’autres comme le ministre de la Défense Shimon Perez prônent une intervention rapide.

En plus de ces preneurs de décision qui se démarquent tous par leur refus de neutralité et par une volonté de tirer profit des faits, que ce soit pour servir leur cause ou pour marquer un geste politique fort, se dressent les personnes qui se retrouvent malgré elles impliquées dans l’événement, à savoir l’équipage Air France, les otages et un militaire des forces israéliennes. En multipliant les points de vue, José Padilha parvient à éviter toute prise de position et toute morale, essayant plutôt de dépeindre la confusion autour de l’événement, renforcée par une absence totale de dialogue entre les différents camps qui débouchera sur l’assaut final.

Photo tirée du film Otages à Entebbe sur laquelle on découvre les militaires israéliens en action lors du raid.

Malgré la complexité du sujet et l’envie de le décrire de façon objective et exhaustive, à aucun moment Otages à Entebbe ne perd son spectateur. Le réalisateur parvient même à faire naître l’émotion à travers des scènes de dialogues entre les otages et Brigitte Kuhlmann et Wilfried Böse, interprétés par les excellents Rosamund Pike et Daniel Brühl, deux révolutionnaires allemands qui se présentent comme des « humanitaires » et dont l’engagement et les idéaux sont dévoilés de façon efficace à travers de courts flashbacks. Elle est renforcée lorsque Kuhlmann et Böse voient le détournement leur échapper totalement au moment où les otages sont triés en fonction de leur religion et leur nationalité.

Au-delà de l’appropriation de la prise d’otages opérée par chacun des camps et des réponses politiques et militaires qui s’ensuivent, le spectateur retient surtout le chaos ambiant du long-métrage, ce qui rend l’absence de prise de position de Padilha totalement cohérente. La scène finale, qui alterne entre l’assaut brutal enchaînant les ralentis et un ballet de la Batsheva Dance Company sur la chanson traditionnelle Echad Mi Yodea, finit d’appuyer cette sensation de confusion et d’incohérence inhérente à la plupart des œuvres de José Padilha. Otages à Entebbe confirme donc que le réalisateur est à l’aise pour filmer le tumulte de manière radicale et faussement maladroite, rappelant ainsi une nouvelle fois que la diplomatie est un leurre qui peine à être dissimulé.

Otages à Entebbe est à (re)découvrir en DVD et Blu-Ray à partir du 25 septembre 2018.

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