Critique : Alien, Covenant – Ni dieux ni démons

Affiche d'Alien : Covenant sur laquelle les Aliens déciment les Ingénieurs sur ne fresque qui évoque un tableau.

Alors qu’il vient de vivre un terrible incident, l’équipage du Covenant reçoit un message en provenance d’une planète inconnue et censée être inhabitée. En débarquant sur la terre promise, les voyageurs se rendent rapidement compte que l’environnement abrite quelque chose de terrifiant qui ne va pas tarder à se manifester…

A la fin de Prometheus, Elizabeth Shaw et l’androïde David alors en très mauvais état partaient explorer la galaxie et notamment la planète des Ingénieurs. Le film laissait de nombreuses questions en suspens. Dès la première séquence d’Alien : Covenant autour de laquelle s’articule tout le propos du long métrage, Ridley Scott revient sur ces interrogations et notamment sur la nature et les ambitions de David.

Dans cette introduction, l’androïde prend conscience de son énorme potentiel mais également de la fragilité de son « père » interprété par Guy Pearce. L’obsession créatrice de David qui ne fait que grandir depuis qu’il nous a été présenté dans Prometheus, Ridley Scott semble en être atteint.

Cela se ressent par le contrôle que le cinéaste a repris sur la saga avec cet épisode où l’on continue d’approfondir les thématiques philosophiques lancées de façon hasardeuse par le prequel tout en faisant une véritable jonction avec les premiers opus, même s’il faut pour cela sacrifier et repenser la mythologie du xénomorphe créé par Dan O’Bannon et Ron Shusett.

Photo de Guy Pearce et Michael Fassbender dans le film Alien : Covenant réalisé par Ridley Scott. David tourne le dos à son créateur Peter Weyland qui l'observe attentivement.

Dès le départ, Ridley Scott parvient à nous intriguer au sujet de l’évolution de David, personnage très intéressant qui perd au fil du film toute ambiguïté. Tel Ozymandias dans le poème de P.B. Shelley cité dans le long métrage, l’androïde s’impose peu à peu comme un maître du chaos prêt à tout pour que sa puissance créatrice perdure.

Le spectateur fait ensuite la rencontre de l’équipage du Covenant qui vient de vivre une catastrophe dramatique. Malgré la lenteur de la première partie, le réalisateur ne réussit pas à nous attacher aux nombreux personnages manquant profondément de caractère et d’écriture. Il faut attendre le dernier acte pour voir Katherine Waterston reprendre avec charisme le contrôle d’une équipe dans laquelle seul Danny McBride se distingue aux côtés de l’héroïne par des choix portés par de véritables émotions et généralement nettement plus malins que ceux de leurs collègues, compagnons et amis.

Lorsqu’ils débarquent sur la planète Origae, les colons pensent découvrir un paradis perdu qu’il sera facile de s’approprier afin de s’y implanter et d’en tirer les ressources. Là encore, la symbolique est puissante mais abordée dans des échanges vains sur la foi. Pensant être en terrain conquis, les personnages enchaînent les décisions stupides, ce qui provoque l’anéantissement d’une bonne partie de l’équipage.

Photo de Katherine Waterston dans le film Alien : Covenant réalisé par Ridley Scott. L'héroïne tient une arme et paraît paniquée sur la planète Origae, alors qu'un autre membre de l'équipage lui tourne le dos et braque son arme dans une autre direction.

Sur Origae, Ridley Scott fait le lien avec Prometheus à grand renfort de flashbacks. Le cinéaste sacrifie un protagoniste prometteur et prend le temps de rationnaliser la naissance du prédateur ultime qui ne paraît ni répugnant, ni particulièrement effrayant. Le potentiel qu’a la créature pour nous terroriser dans ses courtes apparitions est profondément affaibli par les effets spéciaux indignes du travail de H.R. Giger.

Certaines scènes impressionnent, à l’image de l’arrivée de David sur Origae mais aussi le combat dans le vide entre l’héroïne et le xénomorphe. Elles sont malheureusement noyées dans un ensemble que l’on suit sans ennui mais où la passion suscitée par les autres épisodes a pratiquement disparu. Le thème de Jerry Goldsmith qui s’alliait à merveille au vide et à l’immensité de l’espace résonne ici comme un hommage dénaturé joué par David, un génie maléfique qui n’arrive pas à créer le moindre effet de surprise dans la deuxième partie du film, au même titre que la créature.

Ridley Scott voulait reprendre la franchise en main et c’est désormais chose faite. Le résultat porte les thèmes de son auteur mais est dénué de toute singularité, à l’inverse des concept arts que Neil Blomkamp (Chappie) avait réalisés pour Alien 5, projet avorté par la Fox en raison des futures suites prévues par Scott.

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Critique : Free Fire – La Loi de Murphy

Affiche de Free Fire de Ben Wheatley sur laquelle les cinq personnages principaux brandissent une arme et s'apprêtent à tirer sur un montage photo voulu percutant et rétro.

Dix personnes se retrouvent dans un entrepôt de Boston afin de procéder à une vente d’armes clandestine. La transaction dégénère et les règlements de compte s’enchaînent. Les balles fusent, les traîtres apparaissent et chaque individu présent dans l’entrepôt ne pourra pas compter sur les autres pour tenter de survivre.

Après Kill List, Touristes et High Rise, Free Fire est le nouveau jeu de massacre de Ben Wheatley. Bien loin de sa récente adaptation du roman de J.G. Ballard dotée d’un riche propos social, le film est une comédie jubilatoire et violente qui se renouvelle en permanence grâce à ses dialogues et situations.

Le scénario semble à première vue manquer d’originalité étant donné que le fait de confiner plusieurs gangsters dans un entrepôt est une idée que Quentin Tarantino a brillamment développée dans Reservoir Dogs. Si la comparaison paraît évidente, Ben Wheatley s’en écarte constamment, notamment en déroulant son récit de façon linéaire tout en y intégrant de savoureuses ruptures de rythme. Ici, ce n’est pas le passé des personnages qui vient freiner l’intrigue mais les blessures qui les paralysent une bonne partie du film.

Photo de Brie Larson et Cillian Murphy à l'intérieur d'une voiture et observant dans la même direction dans le film Free Fire de Ben Wheatley. Elle est à l'avant. Il est à l'arrière.

Certains se comportent comme des professionnels, d’autres n’arrivent pas à garder leur sang froid. La transaction est rapidement plombée par des problèmes d’ego qui entraînent un défoulement stupide et réjouissant. Tout ce qu’il sait des protagonistes, le spectateur l’apprend lors de courtes discussions mais surtout dans leur façon de gérer l’énorme fusillade à laquelle ils se retrouvent contraints de participer.

Les dix malchanceux ratent constamment leurs tentatives d’apaisement ou de lutte et déclenchent des imprévus catastrophiques. Les tirs et impacts se répondent à merveille et chaque détail de l’entrepôt devient la source de nouveaux problèmes.

Photo de Cillian Murphy, Sam Riley et Michael Smiley étendus contre un pilier de l'entrepôt et blessés dans le film Free Fire de Ben Wheatley.

Avant de filmer des morts totalement absurdes, Ben Wheatley prend le temps de faire ramper ses personnages qui ont tour à tour des idées ingénieuses et lamentables. Tout au long de l’œuvre, le réalisateur réutilise habilement les poncifs et traits de caractère que ses protagonistes dévoilaient dans les scènes d’introduction. Le cinéaste en dit long sur eux à leur manière de tirer mais il parsème néanmoins le long métrage de courts échanges hilarants où la banalité du quotidien évoqué s’oppose toujours à l’enfer qu’ils ont bêtement créé.

Free Fire est l’occasion de se lâcher pour une bonne partie du casting, à commencer par Sharlto Copley, Armie Hammer et Jack Reynor. Si l’on plaçait un peu d’espoir en Cillian Murphy et Brie Larson pour les personnages qui s’en remettent à leur honneur, la fin aussi méchante que le reste de l’œuvre nous rappelle qu’il ne fallait évidemment compter sur personne.

Film d’action pure en hommage aux années 70 doté d’un montage percutant et d’un humour noir parfaitement dosé, Free Fire est une nouvelle preuve que Ben Wheatley est capable de mettre en scène le chaos sous toutes ses formes.

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Critique : Memories of Murder – La Poursuite Impitoyable

Affiche de Memories of Murder de Bong Joon-ho sur laquelle un homme pointe une arme sur un autre homme à genoux à l'entrée d'un tunnel. La photo est prise depuis l'intérieur du tunnel.

Le premier serial killer de l’histoire de la Corée du Sud sévissait entre 1986 et 1991. L’homme dont l’identité n’a jamais pu être déterminée viola et assassina dix femmes. Memories of Murder s’inspire de cette affaire et nous immerge dans l’enquête d’une équipe de policiers totalement désarçonnée face au comportement méthodique d’un tueur qui profitait de son environnement pour piéger ses victimes.

Film qui révéla le grand Bong Joon-ho au public du monde entier, Memories of Murder est un polar inoubliable qui conjugue à merveille la tension due au climat politique du pays et le caractère effrayant d’événements que les policiers peinent à stopper.

Si le suspense grandit à mesure que les inspecteurs patinent, le film est loin d’être anxiogène dans sa première partie, et ce, grâce à la nature apparemment détachée de Park Doo-man, détective interprété par le génial Song Kang-ho (The Host, Snowpiercer). Lors de la découverte des premières victimes, les scènes de crime sont piétinées et l’on ressent immédiatement l’impact des méthodes archaïques qui empêcheront les enquêteurs d’avancer jusque dans la conclusion.

Photo de Song Kang-ho dans Memories of Murder qui attrape violemment un suspect dans les champs et le traîne avec lui.

Au lieu de récolter des indices, Park Doo-man préfère se fier à son instinct et suspecte un jeune autiste qu’il brutalise pour le faire passer aux aveux. Les meurtres continuent ensuite de s’enchaîner et l’équipe chargée de l’enquête est renforcée par l’arrivée de Seo Tae-yoon, un inspecteur venu de Séoul. Lors de la rencontre hilarante entre les deux policiers où le caractère impulsif et irréfléchi du détective local reprend le pas, Bong-joon Ho pointe immédiatement leurs différences de tempérament et surtout leur manière opposée de diriger l’investigation.

Bong Joon-ho se réapproprie des codes du buddy movie et son humour grinçant est utilisé pour mettre en avant les difficultés auxquelles doivent faire face les inspecteurs tout au long du récit. Alors que leurs doutes grandissent et que les indices se multiplient, les deux personnages principaux se rapprochent et leur relation passe d’un certain mépris moqueur à un soutien mutuel qui ne cesse de croître jusqu’au dénouement magistral.

Photo des deux inspecteurs de Memories of Murder de Bong Joon-ho qui pointent la photo d'un suspect vers un témoin. Ils semblent extrêmement pressés d'entendre la réponse. La photo est prise du point de vue du témoin.

Leurs incertitudes augmentent et la violence bascule entre chacun des personnages épuisés par leur incapacité à coincer le meurtrier les nuits où il s’apprête à passer à l’acte. Le réalisateur ne filme que très furtivement ses actes et utilise la pluie, la nuit et l’environnement rural boueux pour amplifier la sensation que l’assassin est un prédateur invisible mais capable de surgir en permanence.

Comme dans Mother, Bong Joon-ho joue avec la suspicion que l’on peut avoir sur les prétendus coupables et sur l’acharnement qu’ils subissent avant même que l’affaire ne soit bouclée. La nature des protagonistes n’est jamais figée et leurs émotions et réactions ne cessent de surprendre, à l’image de la déception et des regrets exprimés par Song Kang-ho dans les magnifiques dernières scènes. Alors que le pays est dans la crainte d’une attaque nucléaire de la part de la Corée du Nord, les enquêteurs perdent la foi à cause de la pression médiatique et de leur inaptitude à stopper les assassinats à force de se raccrocher à des rumeurs folles.

Que ce soit pour filmer une poursuite effrénée ou pour résumer le poids de vingt années de doute sur un visage, Bong Joon-ho fait preuve d’une aisance folle et signe avec Memories of Murder un polar phare qui ouvrit la voie à d’autres références comme Zodiac.

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Critique : Get Out – L’antre de la folie

Affiche de Get Out en noir et blanc sur laquelle on distingue uniquement les yeux horrifiés de Daniel Kaluuya.

Chris s’apprête à rencontrer ses beaux-parents pour la première fois. Alors que sa petite-amie Rose est très enthousiaste, Chris lui fait part de ses appréhensions. En arrivant dans leur demeure, le jeune homme est rapidement rassuré par les parents de Rose. Chris remarque néanmoins que certains détails détonnent par rapport à leur discours. Il devient rapidement le témoin de situations de plus en plus inquiétantes.

Membre de l’hilarant duo Key & Peele à l’affiche de la comédie Keanu l’an passé, Jordan Peele dévoile un humour noir féroce dès la première scène de Get Out. Avec une introduction qui parodie habilement le slasher, le réalisateur qui signe ici son premier film installe d’emblée son propos politique et sa dénonciation du racisme ordinaire.

La paranoïa débute lors d’un contrôle de police durant lequel Rose défend ardemment Chris, qui préfère rester dans la retenue. Après les décès de Trayvon Martin, Eric Garner, Michael Brown et plusieurs autres citoyens américains, Jordan Peele met en lumière la tension de l’Amérique post-Obama par le prisme du cinéma de genre. Le réalisateur instaure un malaise sans difficulté, surtout lorsque les dialogues se veulent rassurants pour le héros interprété par Daniel Kaluuya.

Photo de Daniel Kaluuya, assis dans un fauteuil et en larmes dans le film Get Out de Jordan Peele.

La condescendance déguisée et exprimée de façon héroïque lors de la tirade finale de Spencer Tracy dans Devine qui vient dîner, Jordan Peele la démonte lors de la première discussion entre Chris et le père de Rose interprété par Bradley Whitford, qui livre une performance bourrée de cynisme à l’instar de celle de La cabane dans les bois. 

La tolérance pleine de complaisance de la famille de Rose se révèle d’abord à travers des déclarations politiques stériles puis durant des réflexions sur le corps et la masse musculaire de Chris. Médusé, le personnage principal s’obstine néanmoins à rester pour ne pas heurter la famille de sa petite-amie malgré les avertissements de son ami Rod, dont les apparitions renforcent de façon grinçante l’incohérence puis la folie du week-end que Chris vit.

Photo de Betty Gabriel et Marcus Henderson qui sourient bizarrement face à l'objectif dans Get Out de Jordan Peele.

Le cinéaste présente l’élégante demeure des beaux-parents comme un enfer conservateur où le néo-esclavagisme est mis en place avec le sourire par une famille patricienne qui réserve un véritable cauchemar à Chris. L’enfermement se ressent encore plus lors des ruptures narratives où le héros est hypnotisé. Jordan Peele enferme alors son personnage dans un labyrinthe et le long métrage offre durant son calvaire des passages brillamment anxiogènes. Le manque de surprise se fait ressentir lorsque les twists malins s’enchaînent mais cela n’enlève rien à l’aspect jubilatoire de l’ensemble.

Dans le dernier acte, le personnage tente un soulèvement semblable à ceux opérés par les héros de The Visit de M. Night Shyamalan et Pas un bruit de Mike Flanagan, deux autres productions Blumhouse efficaces et ingénieuses. Porteur d’un discours social bien plus fort et actuel, Get Out s’en démarque intelligemment grâce à son atmosphère proche des œuvres sur les body snatchers comme Invasion Los Angeles ou L’invasion des profanateurs, l’esprit corrosif des spectacles d’Eddie Murphy et le style propre d’un humoriste qui effectue un passage plus qu’honorable derrière la caméra.

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Critique : L’esprit de Caïn – La mauvaise éducation

Affiche de L'esprit de Caïn de Brian De Palma sur lequel John Lithgow est de face et affiche un regard très inquiétant. Son visage est coupé par une ligne qui évoque en un clair comme pour scinder en deux le personnage avec une partie négative. En bas à gauche, nous voyons le personnage de Lolita Davidovich et Steven Bauer s'étreindre.

Pédopsychiatre réputé, Carter Nix a un comportement étrange et obsessionnel vis-à-vis de sa fille Amy. Après avoir abandonné sa carrière pour se consacrer à son éducation, Carter a des attitudes qui inquiètent de plus en plus sa femme Jenny. Lorsqu’elle trompe son mari, Jenny le voit se transformer et découvre une personnalité meurtrière qu’elle n’aurait jamais pu soupçonner.

Film maudit de Brian De Palma auquel on a souvent reproché son montage hasardeux, L’esprit de Caïn est un thriller dans lequel le cinéaste installe une tension permanente et offre comme à son habitude de géniales idées de mise en scène qui servent un récit décousu mais passionnant.

Dès l’ouverture, le cinéaste ne laisse que peu de doutes sur l’éventuelle pathologie de Nix qui l’amènera à commettre des meurtres sordides. Le spectateur découvre rapidement Caïn, l’autre personnalité du pédopsychiatre bien plus désinhibée et prédisposée au sale boulot qui permet à John Lithgow de livrer une prestation volontairement grotesque et réjouissante. Dans le cadre étouffant que représente la voiture de Nix, la première scène révèle la folie du pédopsychiatre et son obsession envers sa fille et les enfants.

Photo de John Lithgow dans le rôle de Caïn dans L'esprit de Caïn de Brian De Palma. Le personnage est assis dans la voiture et discute avec Carter, son autre personnalité que l'on devine à la place du conducteur.

Maître du thriller psychologique, Brian De Palma donne dans cette introduction quelques clés sur son personnage principal. Cela n’enlève rien au suspense de l’intrigue puisque la narration bascule ensuite vers un autre personnage. S’il le fait de façon moins virtuose que dans Pulsions, le réalisateur captive tout autant lorsqu’il nous présente Jenny, la femme de Carter qui voit un amour du passé ressurgir tout en étant de plus en plus consciente des dérives de son mari quant à l’éducation de leur fille.

Dans ce deuxième acte où Carter est vu d’un regard extérieur, le personnage apparaît tour à tour pathétique puis menaçant, notamment lors d’un cauchemar magistralement mis en scène en trois temps durant lequel De Palma biaise la frontière entre le rêve et la réalité.

Le spectateur se perd dans des ellipses mais se rattrape grâce aux indices donnés puis aux révélations faites sur la maladie de Carter qui font une nouvelle fois basculer le film. Avant Shyamalan, De Palma explorait le trouble dissociatif de l’identité, ce qui donne lieu à des séquences inattendues où le chasseur devient la proie avant de laisser Caïn reprendre le contrôle des événements.

Photo tirée du film L'esprit de Caïn réalisé par Brian De Palma. Il s'agit d'un plan penché dans un escalier qui correspond à un plan séquence où l'on suite la psychiatre incarnée par Frances Sternhagen et des policiers dans un commissariat.

Les signes révélés tout au long de l’œuvre prennent alors tout leur sens et si le montage met de côté Jenny dans la première partie puis Carter dans la deuxième, le spectateur a néanmoins saisi tous les enjeux et la nature des protagonistes avant l’ultime chapitre qui clôt habilement un récit dans lequel on aime se perdre.

L’esprit de Caïn laisse un souvenir trouble et si l’on a du mal à situer certaines séquences, l’ambiance tantôt oppressante, tantôt romantique mise en avant par la musique lancinante de Pino Dinaggio est profondément marquante. Si De Palma semble se montrer plus optimiste que dans certains de ses films lors du dénouement, le plan final relève toute la noirceur, l’ironie et l’étrangeté fascinante de ce thriller sous-estimé duquel ressortent des séquences aussi mémorables que celles de ses chefs d’œuvre établis.

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