Critique : Parle avec elle – Ce que veulent les femmes

Affiche du film Parle avec elle d'Almodovar sur laquelle Leonor Watling est de profil et Rosario Flores est de face devant un fond noir. Un filtre bleu recouvre le visage de Watling et un rouge celui de Flores.

Il y a encore très peu de temps, nous ne connaissions pas vraiment le cinéma de Pedro Almodóvar. Nous avions vu quelques titres phares comme Volver ou Attache Moi mais nous ne nous étions jamais vraiment penchés sur la filmographie de cet auteur au style singulier. On a donc décidé de s’intéresser à certains de ses longs métrages. Et l’on se rend compte que l’on a pris une très bonne décision. Car Parle avec elle nous a littéralement bouleversés.

Deux hommes se croisent un soir à un spectacle de Pina Bausch. En voyant le premier éclater en sanglots, le second tente de l’aborder pour lui faire part de ses émotions. Mais il n’ose pas. Quelques mois plus tard, Benigno et Marco se retrouvent dans la clinique où Benigno travaille. Marco vient au chevet de Lydia, sa compagne, torero professionnelle plongée dans le coma suite à un accident. Benigno s’occupe quant à lui d’Alicia, une jeune danseuse dont il est amoureux, également dans le coma.

Aucun cinéaste n’a mis en valeur les femmes comme Pedro Almodóvar. Avec Parle avec elle, il leur adresse une nouvelle déclaration d’amour poignante. Les deux héros ne peuvent vivre sans elles. Ils ont une approche différente de l’attente et de l’espoir du réveil. Quand l’un est désespéré, l’autre lui conseille de parler et d’être auprès d’elle le plus possible. Lorsqu’elles exercent leur art, elles sont toutes les deux gracieuses. La tauromachie et la danse sont deux domaines différents et Almodóvar réussit pourtant à les sublimer de la même manière, grâce à sa façon de filmer ses comédiennes. Rosario Flores dégage une force dans son regard et ses mouvements qui fait qu’on la croit capable de tout affronter. Leonor Waitling (Crimes à Oxford) possède quant à elle cette délicatesse et ce visage angélique qui donnent à son personnage une douceur et une tendresse poignantes. Almodóvar est fasciné par ces deux femmes et il réussit à les rendre fascinantes alors qu’elles n’ont au final que des rôles secondaires.

Photo du film Parle avec elle de Pedro Almodovar sur laquelle Dario Grandinetti et Javier Camara discutent autour d'un petit déjeuner.

Car c’est le parcours des hommes interprétés par Javier Cámara et Dario Grandinetti que l’on suit ici. Grâce à l’amour qu’ils portent à ces êtres plongés dans le coma, ils vont se lier d’amitié et échanger leur point de vue sur leur relation avec les femmes. Puis, le film prend une tournure dramatique inattendue et se termine sur un retournement de situation perturbant. Almodóvar passe d’un registre léger à un propos assez lourd avec une aisance rare. Son film est simple et le réalisateur utilise un procédé narratif inhabituel qui navigue entre flashbacks et ellipses sans jamais nous perdre. Il tente des idées de mise en scène risquées, comme un passage en noir et blanc génial dans lequel la femme est sacralisée.

Parle avec elle est un chef d’œuvre absolu et l’un des meilleurs longs métrages de son auteur. Le spectateur est emmené dans un univers réaliste où la pureté est sans cesse brisée par le chaos. Almodóvar rend une nouvelle fois hommage à la gente féminine mieux que personne tout en dressant le portrait de deux hommes brisés qui n’ont plus que leur amitié pour se relever et faire face à la solitude.

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