Critique : Passion – Violence des échanges en milieu tempéré

Affiche du film Passion de Brian de Palma sur laquelle Rachel McAdams et Noomi Rapace sont sur le point de s'embrasser entre deux portes. On ne distingue que le bout de leur visage.

Beaucoup de stars font leur comeback en ce moment. Après Robert Zemeckis (Flight), Joseph Ratzinger (La mauvaise éducation) ou encore l’immense, le beau, le grand Michaël Youn (Vive la France !), c’est au tour de Brian De Palma de remettre le couvert et de revenir à ce qu’il sait faire de mieux, le thriller sulfureux. Mais comme c’est souvent le cas lorsque le réalisateur sort un nouveau film, la critique est divisée. Certains y voient une œuvre qui a vingt ans de retard, d’autres un retour aux sources dans la lignée de ses premiers longs métrages hitchcockiens. Brian doit-il définitivement arrêter ou au contraire, continuer à explorer les sombres fantasmes de l’être humain ?

Passion est le remake du film français Crime d’amour réalisé par Alain Corneau en 2009. Deux femmes s’y affrontent et jouent à un jeu de manipulation et de séduction qui dégénère et prend une ampleur démesurée. Pour grimper les échelons, les deux collègues sont prêtes à tout. Au mensonge, à la trahison, au meurtre.

Nous n’avons pas vu l’œuvre originale et ne pourrons donc pas faire de comparaisons entre les deux. En revanche, on sait que ce n’est pas la première fois que De Palma s’approprie le travail de l’un de ses prédécesseurs. Avec des films comme Obsession, Blow Out ou Scarface, il a prouvé qu’il était capable de transcender des histoires déjà vues par la force de sa mise en scène. On est convaincu que De Palma n’a pas copié les génies absolus que sont Hitchcock, Antonioni ou Hawks mais qu’il a remis leur création au gout du jour tout en y apportant sa touche singulière et intelligente. De Palma est, comme Tarantino, un réalisateur qui assume pleinement ses références et qui n’a pas peur de les mettre en avant. Et l’on est certain que Passion n’a rien à envier au Crime d’amour de Corneau même si l’on ne doute aucunement du talent de ce dernier qui nous offrait son dernier long métrage avec cette œuvre.

Passion est un formidable jeu de pistes avec lequel De Palma s’amuse à perdre le spectateur à de nombreuses reprises. Plus maîtrisé que Le dahlia noir, on a l’impression de retrouver le cinéaste que l’on adore, celui qui nous a torturés avec des chefs d’œuvre comme Pulsions. On croit la plupart du temps avoir pris de l’avance sur le récit et pourtant, jusque dans les dernières scènes, De Palma balance twist sur twist et même les gros amateurs de films de genre risquent d’être surpris. Il y a longtemps qu’on n’avait pas eu envie de démêler une intrigue à ce point au cinéma. Pourtant, lorsque le générique de fin apparaît, on se rend compte que l’on s’est fait berner et que tout était subtilement exprimé dans la réalisation. On retiendra une séquence en split screen magistrale, qui sert habilement la narration et qui n’est pas uniquement un choix esthétique prétentieux et injustifié.

Photo de Rachel McAdams dans le film Passion de Brian de Palma. L'actrice est face à l'objectif, sous la douche et semble effrayée.

Pour ceux qui s’attendaient à une pléthore de scènes érotiques entre les deux héroïnes, vous risquez d’être déçus. Ici, le fantasme se révèle beaucoup plus par la suggestion que par les gestes et le fait de conserver une certaine retenue entre les deux les rend encore plus imprévisibles. On finit par ne plus savoir si l’on est dans un sentiment de haine ou de désir et encore une fois De Palma fait le meilleur choix en ne tombant pas dans la facilité. Il sublime ses deux comédiennes principales, toutes deux impliquées et perverses jusqu’au bout des ongles. Rachel McAdams (A la merveille) est la working bitch la plus détestable de l’année tandis que Noomi Rapace reprend le rôle de la femme fragile mais coriace qu’elle tenait, dans un tout autre registre certes, dans Prometheus.

Passion est l’excellente surprise de ce mois de février déjà rempli de bonnes sorties cinéma. On n’en attendait pas autant de De Palma, qui s’était un peu essouflé avec Femme Fatale et Le dahlia noir même si son Redacted remontait largement le niveau. On reste convaincu que les remakes lui vont à merveille et l’on serait prêt à le voir adapter Turf s’il le faisait avec autant de panache.

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2 réponses à Critique : Passion – Violence des échanges en milieu tempéré

  1. L'accro aux dvd dit :

    Attention, il est formellement interdit d’insulter Rachel McAdams 😉

  2. dasola dit :

    Bonsoir, cela fait plaisir de lire un billet positif sur ce film qui ne fait pas l’unanimité. Personnellement, j’ai aimé l’esthétique du film et la réalisation. Ce remake est nettement supérieur au film original d’Alain Corneau. Bonne soirée.

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