Critique : Quelques heures de printemps – La négative attitude

Affiche du film Quelques heures de printemps de Stéphane Brizé sur laquelle Vincent Lindon regarde sa mère incarnée par Hélène Vincent. Les deux acteurs sont pris de près.

Il y a des films qui nous accompagneront toute notre vie mais qui donnent envie de se plomber, littéralement. Pour nous, c’est le cas de Voyage au bout de l’enfer, Le vent se lève et plein d’autres. Peintures d’un monde désabusé où l’optimisme n’existe pratiquement plus, ces longs métrages reflètent tout ce qu’il y a de pire dans l’espèce humaine mais présentent toujours le combat d’un ou plusieurs personnages qui luttent pour des causes perdues. Ce genre de messages nous fascine. Non pas parce que l’on s’identifie aux héros et que l’on se prend pour des rebelles bravant le système mais cette petite lueur d’espoir représentée par un homme ou un groupe nous fait rêver, tout simplement. Et ce n’est pas du tout la sensation que nous a laissée Quelques heures de printemps. Non, avec ce film, on avait juste envie de se tirer une balle, sans vraiment savoir pourquoi.

Alain sort de prison. Le temps de retrouver un emploi stable, il décide d’habiter chez sa mère. Mais les deux ont toujours eu des relations tumultueuses et la tension est constamment à son comble. Ce qu’Alain ne sait pas, c’est que sa mère a un cancer et qu’il ne lui reste plus que quelques mois.

En écrivant ce pitch, j’ai pleuré et j’ai dû faire une pause de dix minutes pour me ressaisir avant de commencer cette nouvelle phrase. On ne peut pas dire que l’on n’a pas aimé Quelques heures de printemps. Au contraire, le film de Stéphane Brizé est bien mis en scène et n’en fait jamais trop. Brizé réussit à aborder l’euthanasie, sujet polémique dans l’Hexagone, avec subtilité et ne tombe pas dans le pathos. Il prend parti sans juger et nous fait comprendre les réactions de tous les protagonistes. Si ces derniers réussissent à avoir notre empathie, c’est également grâce à la prestation magistrale des deux comédiens principaux, Vincent Lindon et Hélène Vincent. Lorsque le premier pète un plomb, on y croit et il ne tombe jamais dans le ridicule. Pourtant l’exercice est difficile quand on joue dans les excès. Lorsqu’Hélène Vincent craque et nous montre sa fragilité, la comédienne se révèle désarmante. On approuve également l’utilisation de la sublime musique de L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, signée Nick Cave et Warren Ellis, qui colle parfaitement à l’ambiance du film.

Photo d'Hélène Vincent et Vincent Lindon dans le film Quelques heures de printemps de Stéphane Brizé. les deux acteurs sont assis à une table de cuisine. Hélène Vincent épluche des pommes de terre tandis que Vincent Lindon la regarde.

Mais lorsque je suis sorti de la salle, j’avais l’impression d’être De Niro dans Mafia Blues. Si j’avais eu un flingue, ce n’est pas mon coussin que j’aurais fait sauté mais mon caisson. J’ai même pris un abonnement annuel chez mon psy beaucoup moins sympa que Billy Cristal. Du coup j’ai annulé. C’est la deuxième fois cette année après l’assommant Tyrannosaur. Cette lenteur, le regard perdu de Lindon la clope au bec, les larmes de la belle Hélène… Mon Dieu. A la fin, je n’arrêtais pas d’hurler « Cut ! » espérant que le générique allait débarquer mais non, Brizé ne fait pas dans la dentelle, il va jusqu’au bout de son sujet.

Quelques heures de printemps, c’est bien mais c’est triste. Ca l’est moins que Les Seigneurs par contre, champion dans la catégorie « Drames de l’automne à ne surtout pas mater un jour de pluie seul après Questions pour un champion ».

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