Critique : Rampart – Street King

Affiche de Rampart sur laquelle nous voyons Woody Harrelson de face avec une voiture de police dans le reflet de ses lunettes.

La corruption policière est un sujet qui a inspiré de nombreux grands réalisateurs américains. On pense immédiatement à Sidney Lumet et l’excellent Serpico, à Ridley Scott et sa fresque American Gangster, à Abel Ferrara et Werner Herzog et leur Bad Lieutenant respectif. Par ailleurs, Los Angeles est une ville qui a été le théâtre de nombreuses confrontations entre criminels et policiers malhonnêtes. On se rappelle bien sûr de la série marquante The Shield. L’auteur James Ellroy a vu ses romans L.A. Confidential et Le dahlia noir transposés sur grand écran par les talentueux Curtis Hanson et Brian De Palma. Récemment, le réalisateur et scénariste David Ayer a pris la relève avec des films très inégaux mais souvent dotés d’excellents acteurs (Dark Blue, Training Day, Bad Times, Au bout de la nuit). Aujourd’hui, c’est au tour d’Oven Moverman de nous plonger dans l’univers d’un poulet pas très propre qui passe ses journées à arpenter South Central en quête d’une cible.

« Le flic le plus corrompu que vous ayez jamais vu à l’écran. » Dit comme ça, ça donne tout de suite envie. Woody Harrelson dans le rôle d’un pourri qu’on imagine déjà en train de tabasser tout Los Angeles à coups de matraque entre deux pauses clopes, un sourire aux lèvres, c’est un concept alléchant. Mais alors pourquoi Rampart, qui a fait le tour de plusieurs festivals, n’est toujours pas sorti en France ?

Moverman nous fait pénétrer, à l’aide de sa caméra portée, dans la vie de l’officier Dave Brown, qui est soumis à une enquête par ses supérieurs pour avoir cogné brutalement un citoyen. Nous sommes en 1999 et huit ans auparavant, Rodney King était victime d’une bavure. Brown a la pression mais il ne se fait pas de soucis. N’éprouvant aucun remords et étant protégé par une connaissance, il continue ses balades et s’enfonce de plus en plus.

Le gros problème de Rampart est qu’avec son traitement documentaire, le film ne déclenche aucune émotion chez son spectateur. Certes, ce flic n’a pas de morale, utilise des pratiques totalement malsaines, mais jamais durant tout le long métrage le réalisateur n’arrive à accroître notre dégoût envers l’individu. Ce qui provoquait notre fascination en même temps que notre rejet pour l’inspecteur Harry, dans l’œuvre phare des années 70, c’était bien évidemment le jeu d’Eastwood mais également la mise en scène de Don Siegel. Ici, on prend comme excuses ce parti pris fatiguant ainsi que l’aspect réaliste et l’on fait avancer le film doucement, tout doucement.

Photo de Woody Harrelson au volant de sa voiture de police dans le film Rampart.

Moverman tente de combler son scénario creux avec une technique de réalisation qui s’use très vite si l’on a rien à dire et l’on se conforte dans l’idée que sans histoire, il est inutile de faire un long métrage. Le pire est que le scénario est écrit par le grand spécialiste James Ellroy himself et l’on n’arrive toujours pas à comprendre ce qu’il a voulu nous transmettre. Certes, cette peinture d’un monde désenchanté où les pourris finissent toujours par gagner n’est pas totalement dénuée de charme, mais elle n’apporte rien au genre que l’on ait déjà vu ailleurs. En retrouvant Woody Harrelson, qu’il avait déjà mis en scène dans The Messenger, Moverman sait qu’il pourra en tirer quelque chose de grand. C’est le cas. Le comédien est détestable, toujours crédible et n’en fait jamais trop. Il est entouré par un casting de luxe (Sigourney Weaver, Steve Buscemi), mais encore une fois nous sommes déçus de voir une belle brochette d’acteurs apparaître le temps d’une scène ou deux.

Rampart nous présente le flic le plus corrompu du cinéma non pas à travers ses actes violents mais son mode de pensée et son état d’esprit. Cependant, dresser le portrait d’un homme haïssable n’est pas suffisant pour réussir un film, surtout lorsqu’on le réalise de manière prétentieuse et que notre mise en scène ne transcende en rien le sujet. Ce coup-ci, on comprend tout à fait pourquoi les cinémas de l’Hexagone n’en veulent pas.

Ce contenu a été publié dans Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *