Critique : Savages – World Trade Dealer

Affiche du film Savages sur laquelle nous découvrons les personnages principaux et l'univers violent du film à traverrs un enchaînement de plusieurs photos.

On attendait le retour d’Oliver Stone à un cinéma nerveux et féroce. Depuis 1999, année de sortie de L’enfer du dimanche, ses longs métrages n’ont pas été particulièrement passionnants, même s’il y avait des fulgurances dans le Director’s cut d’Alexandre. Mais globalement, W., World Trade Center et le second volet de Wall Street étaient très décevants. Stone faisait dans les longueurs, n’arrivait plus à nous emmener dans une intrigue tout en nous exposant son propos politique comme il avait su le faire dans JFK, Salvador ou Né un 4 juillet. On l’attendait au tournant avec Savages, œuvre dénuée de conviction patriotique nous immergeant dans les paysages californiens pour une histoire pleine de drogue, de sexe et de flingues.

Ben et Chon cultivent et vendent le meilleur cannabis des Etats Unis, avec un taux de THC qui dépasse les 30%. Grâce à leur indic du FBI Dennis, les deux compères sont à l’abri d’une arrestation. Lorsqu’un cartel mexicain leur propose un partenariat, ils refusent et décident de partir en Indonésie avec O., la femme qu’ils aiment tous les deux. Mais quand cette dernière est kidnappée, nos deux héros décident de revoir leurs plans et tentent de renégocier le contrat. Evidemment, tout ne va pas se passer comme prévu et la situation va très vite dégénérer.

Adapté du roman éponyme de Don Winslow, Savages est une œuvre aux multiples personnages et sous intrigues difficile à mettre en scène de manière équilibrée.  Mais de ce côté, Oliver Stone s’en sort comme un chef et réussit à développer les parcours de tous les protagonistes. Dans son traitement, il nous rappelle quelquefois Tarantino avec qui il avait bossé sur Tueurs nés, long métrage devenu totalement culte. Mais Savages n’a pas vraiment la même saveur. Stone prend le temps de nous présenter toute sa galerie de tarés et s’oriente vers un scénario réfléchi, rempli de trahisons et de corruption. Pour ceux qui s’attendaient à un gros revenge movie comme la bande annonce le laissait présager, vous risquez d’être déçus car Savages ne prend aucunement cette trajectoire, hormis dans les vingt dernières minutes. Ici, on parle beaucoup et on tire peu.

Photo de Taylor Kitsch et Aaron Johnson dans le film Savages d'Oliver Stone. Armés et portant des masques de catcheurs mexicains, les deux acteurs semblent parler à une autre personne à travers la webcam d'un ordinateur.

On aurait pu s’ennuyer ferme mais Stone parvient à insuffler du dynamisme même dans ses scènes de dialogues finement écrites. On retient notamment un face-à-face entre Benicio Del Toro (Traffic) et John Travolta (Pulp Fiction) très drôle qui commence en pression pour finir dans le grand guignol. Bourré de cynisme, Savages donne l’impression que Stone s’éclate et prend les choses à la légère. On pourrait même croire qu’il met en scène son long métrage passivement. Des idées de mise en scène, il en a toujours et sait nous réserver quelques surprises comme la fin inattendue. Mais quand on sait comment le cinéaste pouvait mettre mal à l’aise il y a quelques années (U-Turn), on se dit que tout cela est bien trop gentillet pour nous surprendre.

C’est dommage car hormis ce manque d’implication, on ne peut en aucun cas dire que le film soit raté. Le trio principal est interprété par de jeunes acteurs en grande forme. Blake Lively (The Town) nous fait encore une fois comprendre qu’elle ne restera pas la nunuche blindée de Gossip Girl et s’affirme ici dans un rôle fort, porteur de tous les enjeux. Aaron Johnson est excellent dans la peau d’un pacifiste emporté dans un tourbillon de violence. Enfin, Taylor Kitsch livre une nouvelle fois une prestation impeccable en ex-Marine totalement badass et l’on espère que le comédien trouvera des propositions à la hauteur de son talent après les échecs de John Carter et Battleship. En ce qui concerne les trois vétérans, ils s’amusent comme des fous à cabotiner à chacune de leurs apparitions, Salma Hayek (Desperado) en tête. Tous ces protagonistes ont une véritable épaisseur mais ils servent un scénario un peu trop plat.

Savages marque le retour du Oliver Stone qu’on apprécie. Le réalisateur nous offre un divertissement prenant, sans propos engagé fatiguant mais qui manque malheureusement d’intensité. Friedkin a prouvé ce mois-ci que les papys pouvaient encore choquer avec Killer Joe. A l’inverse, Stone nous effleure à peine mais fait plaisir avec un long métrage mineur mais loin d’être désagréable.

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