Critique : Sept Psychopathes – L.A. Confidential

Affiche du film 7 Psychopathes sur laquelle se tiennent les personnages principaux sur une route du désert américain.

On a tendance à penser que Martin McDonagh est le digne héritier de réalisateurs comme Quentin Tarantino ou Guy Ritchie. Des histoires de gangsters barrés, des dialogues ciselés, une violence parfois exacerbée… Il est vrai que le metteur en scène nous a offert des films qui ont des ressemblances avec ceux de ses aînés. Pourtant, son cinéma est unique. On s’en était déjà rendu compte avec Bons baisers de Bruges, un long métrage étrange qui a surpris pas mal de spectateurs et qui alliait parfaitement un humour noir féroce avec une nostalgie poignante. A l’époque, nous en étions ressortis secoués. Et c’est encore une fois le cas avec 7 psychopathes, qui nous a emmené sur un terrain improbable auquel on ne s’attendait vraiment pas.

Pour le synopsis, tout est résumé dans le titre. C’est l’histoire de sept barjots qui se croisent dans Los Angeles, écrivent des films, volent des chiens, tuent des criminels, caressent des lapins, mangent des Cheetos, prennent des cactus hallucinogènes, se tranchent eux-mêmes la gorge… Voilà, 7 psychopathes,  c’est un mélange de péripéties toutes plus bizarres les unes que les autres et l’on est en droit de se demander comment McDonagh à réussi à les faire cohabiter dans un unique récit. D’ailleurs on ne vous a pas tout raconté et on vous laisse découvrir le plus gros mais il faut avouer que parfois, le spectateur est un peu perdu et ne trouve aucune logique dans tout cet enchaînement farfelu. C’est normal, il n’y en a pas toujours et c’est d’ailleurs ce qui fait la force et le charme de l’oeuvre.

McDonagh s’affranchit de tous les codes du film de gangsters et, comme Andrew Dominik l’a fait récemment avec Cogan, il prouve qu’il est possible de rendre hommage à ses prédecesseurs tout en offrant quelque chose d’original. Avec son rythme complètement décousu, on comprend que 7 psychopathes ait rebuté beaucoup de monde mais l’exercice est tellement peu commun qu’il force le respect. Jusqu’au générique de fin, on regarde le long métrage avec un œil halluciné et l’on se demande comment le réalisateur a pu nous sortir un scénario pareil.

Comme dans Bons baisers de Bruges, on retrouve derrière les vannes et le ton léger une profondeur et un propos sur la vie assez touchant. Dans le traitement des personnages, on pense aux frères Coen, des génies qui ont su capter et analyser la noirceur et la beauté de l’être humain. Ici, c’est pareil et le résultat est certes moins efficace et moins abouti mais le travail de McDonagh est tout à fait honorable. Il évite tout manichéisme et tous ses protagonistes ont leur part de pourriture. Son long métrage traite de sujets assez déprimants et l’on quitte la salle avec une étrange sensation. Plus brutal que Bons baisers de Bruges, 7 psychopathes nous parle de types perdus dans un monde impitoyable qui cherchent à trouver la paix et la tranquillité, que ce soit par l’écriture, le meurtre ou le suicide.

Photo de Colin Farrell et Sam Rockwell dans le film 7 Psychopathes. Dans le désert, les deux acteurs se tiennent debout face à un ennemi que Rockwell braque avec une arme.

Il émane du trio principal interprété par Colin Farrell (Miami Vice), Sam Rockwell (Confessions d’un homme dangereux) et le monstre Christopher Walken (Voyage au bout de l’enfer) une certaine détresse qu’ils tenteront de combler par leur complicité et leur imagination. Car le thème phare du film est l’écriture d’un scénario par le héros, Farrell, sur 7 psychopathes. Certains s’inspirent de leur vie et tentent d’en tirer une fiction. D’autres essayent de retranscrire dans leur vie la fiction qu’ils ont inventé. Jean Claude Van Damme aurait pu écrire ces deux dernières phrases. En tout cas, ce principe donne de beaux élans de créativité à l’œuvre et même si l’on sait que l’on vient d’assister à un joyeux bordel, on est comblés.

7 psychopathes c’est un ovni qui nous a laissés pantois et qu’on aura besoin de revoir pour mieux l’apprécier. Porté par un trio impeccable et par un Woody Harrelson (Bienvenue à Zombieland) au meilleur de sa forme, le film est traversé par les apparitions éclaires mais réjouissantes d’Abbie Cornish (Limitless), Olga Kurylenko (Quantum of Solace) et surtout Tom Waits qui trouve ici un univers qui lui va à merveille. Vous n’aimerez probablement pas tout, vous n’apprécierez peut être pas du tout mais il y a tout de même des idées intéressantes et une volonté de proposer quelque chose d’inhabituel.

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