Critique : Spring Breakers – Young, Wild & Free

Affiche du film Spring Breakers d'Harmony Korine sur laquelle nous voyons deux femmes en maillot de bain sur un speed boat dans la nuit. Elles sont armées et portent une cagoule. L'éclairage au néon est particulièrement mis en avant.

On vient de mettre 20 minutes pour choisir le poster pour cet article. Il était hors de question d’insérer cette image racoleuse que l’on voit placardée dans le métro un peu partout car elle ne représente pas vraiment le film. En effet, Spring Breakers est loin d’être cette œuvre cool pour adolescents façon Projet X. Elle représente plutôt une descente en enfer lente et douloureuse pour une bande de filles qui cherche à s’épanouir et à se trouver dans un monde dépassé par les clichés MTV qu’il a engendrés.

Alors évidemment, au vu des premières minutes, on pourrait croire que l’on va assister à une énorme émission Shake Ton Booty version hardcore mais rapidement, on s’immisce dans la vie de ces quatre jeunes filles complètement paumées qui n’ont qu’un objectif, rassembler de l’argent pour aller participer à un Spring Break en Californie. Le long métrage est lent, assez contemplatif parfois, notamment lorsqu’il aborde le personnage de Faith (Selena Gomez), la catholique du groupe. Lorsqu’elles décident de braquer un snack pour se payer leur voyage, le ton est donné. La scène est brillamment réalisée et sera revue sous plusieurs angles. Korine n’avait pas fait de cinéma depuis un moment et en était resté au court métrage mais il a un sens du montage impressionnant et son utilisation de la caméra portée sert parfaitement le propos.

Lorsqu’elles arrivent à ce fameux Spring Break, le rythme est toujours décousu, on alterne encore entre de courts flashbacks et ellipses et l’on découvre surtout le personnage d’Alien, une ordure magistralement interprétée par James Franco, déguisé en Riff Raff pour l’occasion. Korine construit certaines séquences comme des clips et l’on pourrait croire qu’il est là pour cracher sur la culture Hip Hop, notamment lorsqu’on entend le titre Moment 4 Life de Nicki Minaj lors du braquage que les filles font pour justement se payer, « le moment de leur vie ». Mais que nenni, Korine ne prend pas parti, il se pose seulement en tant que témoin d’une génération qui ne voit l’accomplissement qu’à travers la jouissance et les plaisirs extrêmes. Le cinéaste ne juge pas mais n’hésite pas à tourner en ridicule certains clichés, en proposant par exemple au rappeur Gucci Mane de débarquer dans le rôle d’un caïd assez pathétique. Il n’hésite pas à jouer de son image et à faire preuve de second degré pour démolir lui-même ce qu’il représente.

James Franco

On retiendra également les monologues hallucinants de Franco sur le Rêve Américain et l’on voit déjà les bien-pensants dire que Spring Breakers est la dénonciation des dérives d’une pop culture qui aura mal influencé des individus manquant de recul. Mais comme Korine le souligne à la fin de son long métrage, il est maintenant trop tard pour le dire et ces dérives font désormais partie du quotidien.

On ne peut que mettre en avant la superbe photographie de Benoît Debie, chef opérateur sur des projets comme Enter The Void ou Calvaire. Toutes les scènes de nuit du film sont magnifiées par un éclairage au néon totalement maîtrisé qui vient renforcer le côté bling-bling gerbant et insupportable. Par ailleurs, on regrette que les personnages des filles ne soient pas plus développés et plus attachants, le voyage n’en aurait été que plus sympathique.

Spring Breakers, c’est un trip visuel intéressant qui risque d’acquérir un statut d’œuvre culte très vite. On espère qu’Harmony Korine refera surface très vite et n’attendra pas dix ans avant de sortir un nouveau film à la manière de Terrence Malick.

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Une réponse à Critique : Spring Breakers – Young, Wild & Free

  1. J’ai vu ce film il y a deux jours et j’avoue que j’ai été bluffé par les images. Je comprends mieux maintenant en lisant que c’est la même personne qui a travaillée sur Enter The Void.

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