Critique : Stoker – L’abominable vérité

Affiche du film Stoker de Park Chan Wook. Nous y voyons les trois acteurs principaux comme sur un portrait de famille face à l'objectif. Matthew Goode est tâché de sang. Un oiseau et une statue sont dessinés en bas de l'affiche.

Lorsque le réalisateur d’Old Boy décide, pour sa première expérience à Hollywood, de mettre en scène un thriller sulfureux au scénario pervers et rempli de twists ahurissants, on ne peut qu’adhérer et attendre impatiemment la sortie de ce qui, sur le papier, paraissait être le retour en force du cinéaste coréen.

Et lorsque le film débute, on est ébloui par la beauté des images, la photographie léchée et la maîtrise totale de tous les plans. Nous découvrons la jeune India, bouleversée par la mort de son père suite à un tragique accident de voiture. Lors de l’enterrement, elle voit au loin un homme étrange et fascinant. Il s’agit de son oncle Charlie, un grand voyageur qui décide de s’installer quelque temps avec l’adolescente et sa mère pour apprendre à les connaître et tenter de les réconforter.

Park Chan Wook est très talentueux et ce qui rend son dernier long métrage assez insupportable, c’est qu’il le sait. Stoker est quasiment parfait au niveau de la réalisation. Le cinéaste enchaîne les effets de style et jusqu’à la dernière image, on se dit que son œuvre est vraiment très belle et aboutie. Le souci, c’est que sa prétention se fait ressentir elle aussi dès les premières minutes. Cette impression de suffisance ne quittera pas le spectateur jusqu’au générique final. Park est fort. Park sait tenir une caméra. Park sait diriger des acteurs qui paraissent froids et impeccables dans leur robe en satin et leur pull en cachemire. Mais Park irrite son public avec ses manières et cette volonté de prouver qu’il a réfléchi à tout mais absolument tout pour son film.

Photo de Mia Wasikowska dans le film Stoker de Park Chan Wook. L'actrice est assise dans un jardin face à une statue et effectue une pose similaire.

Cette perfection visuelle n’est présente que pour cacher un scénario creux et stupide, qui aurait pu être adapté dans n’importe quel autre nanar hollywoodien. Cependant, les producteurs ont eu l’intelligence de le confier à un metteur en scène qui n’a plus rien à prouver. Et il réussit d’ailleurs à capter notre attention pendant les deux tiers du long métrage. L’histoire est intrigante, Park Chan Wook s’amuse à ouvrir de nombreuses pistes, joue avec les codes du fantastique, du film d’horreur et en particulier du film de vampires. Les références sont nombreuses et Stoker aurait pu être l’un des dignes héritiers des meilleurs thrillers hitchcockiens. Hélas, les révélations finales sont très faibles par rapport à ce qui a été dévoilé au départ. La frustration s’installe et le twist final vient balayer toutes nos espérances et si Stoker se voulait subversif, ce n’est jamais le cas. La seule qualité qu’il peut revendiquer est son ambiance glauque et oppressante due à la mise en scène et en aucun cas au script.

Il y avait pourtant des thèmes intéressants abordés dans l’œuvre, à l’image de la perte de l’innocence, très bien représentée lors d’une séquence éprouvante dans laquelle l’excellente Mia Wasikowska (Restless) se fait souiller. Matthew Goode (Watchmen) est parfait, sobre et réellement inquiétant dans le rôle de l’oncle mystérieux et quelque peu dérangé. Quant à Nicole Kidman, elle montre une nouvelle fois après Paperboy son désir de s’impliquer dans des projets auteuristes singuliers. Malheureusement, la tentative est ratée.

Stoker c’est beau, mais admirer l’œuvre d’un réalisateur qui se la raconte et qui prouve qu’il est doué, c’est pas vraiment notre truc. On va finir par penser que Park Chan Wook est un cinéaste surestimé. On espère que le prochain scénario hollywoodien qu’il tiendra entre ses mains n’aura pas été écrit sur des toilettes, dans le noir.

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