Critique : Super – Un justicier dans la ville

Affiche du film Super sur laquelle nous distinguons le visage masqué de Rainn Wilson sur un ensemble rouge à l'image de son costume. La phrase "Shut Up Crime !" émane de la bouche de Wilson comme une bulle de BD. L'affiche est construite comme un vieux poster corné et déchiré.

Après le divertissant The Losers, nous avons choisi de vous présenter un autre DTV qui dépasse un bon paquet de daubes sorties en salles, le fort sympathique Super. Avant de le visionner, on se dit que le sujet sur les super-héros sans pouvoirs traité avec humour est épuisé puisque l’on a déjà eu droit à Kick Ass mais aussi The Defendor. Et pourtant, Super est bel et bien celui qui nous a le plus séduit avec son aspect cheap et son côté trash qui n’épargne rien ni personne.

Lorsque sa femme le quitte pour un dealer aux mèches blondes, Frank pète une durite et décide de donner un sens à sa vie en devenant Eclair Cramoisi, un justicier déterminé à clouer le bec du Crime. Très vite, il rencontrera la jeune geekette Libby, aussi tarée que lui, excitée à l’idée de le rejoindre dans sa croisade contre les enflures qui ne respectent pas la loi.

Après le crado Horribilis, James Gunn nous offre une œuvre complètement décalée avec Super, qui n’hésite pas à détourner de nombreux codes du genre pour mieux nous surprendre. Ici, le héros n’a pas la révélation de sa vocation en combattant un criminel mais en regardant une émission de télévision chrétienne financée par le Tea Party. Eclair Cramoisi ne prend pas la peine de capturer les badguys et de les ligoter en attendant la police. Il préfère les cogner en plein dans le front jusqu’à ce que leur tête soit séparée en deux. Si vous grillez dans la file du cinéma, assurez vous qu’Eclair Cramoisi n’y soit pas. Il pourrait vous défoncer. On ne transgresse pas les règles avec Eclair Cramoisi.

Plus psychopathe que super-héros, Frank est un personnage qui n’a pas beaucoup de chance, un loser perdu et solitaire qui s’apparente plus à Travis Bickle, l’anti-héros de Taxi Driver, qu’à Bruce Wayne ou Clark Kent. Même s’il fait preuve d’une créativité impressionnante et que l’univers visuel de Super est extrêmement recherché et maîtrisé malgré un manque de moyens évident, James Gunn construit son long métrage à la manière d’un vigilante et les réactions extrêmes du personnage principal nous rappellent parfois celles qu’avaient Charles Bronson et Clint Eastwood dans les années 70. La violence est parfois hardcore, les bons sentiments n’y sont pas, la fin est très fataliste mais Super procure tout de même une belle énergie à son spectateur, qui ressent à chaque instant la sincérité et l’investissement d’un cinéaste qui mérite une plus large reconnaissance.

Photo de Rainn Wilson dans le film Super de James Gunn sur laquelle le héros costumé affiche ses publicités dans la rue.

Rainn Wilson, star comique aux Etats Unis que vous avez peut-être croisé dans la série The Office, effectue une performance remarquable et ses sourires hystériques après un bon tabassage resteront gravés dans vos mémoires. Il est entouré de la pétillante Ellen Page (Juno), qui trouve son meilleur rôle et s’avère encore plus givrée qu’Eclair Cramoisi. Liv Tyler tourne très peu et fait parfois de mauvais choix (The Ledge). C’est donc avec plaisir que l’on retrouve cette ancienne abonnée aux grosses productions dans un film qui mérite le coup d’oeil. Enfin, Kevin Bacon (Death Sentence), l’homme qui se mange au petit déjeuner, est insupportable mais c’est le but.

Si vous en avez marre des blockbusters aseptisés sur des types qui se baladent en collants, il faut absolument vous procurer Super, qui vous réconciliera forcément avec le genre. Pour les autres, le film de James Gunn est tout aussi appréciable, différent de tout ce que vous avez vu jusqu’à aujourd’hui dans les adaptations de super-héros.

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