Critique : Taxi Driver – Dérapages incontrôlés

Affiche de la version restaurée de Taxi Driver sur laquelle Robert de Niro avance vers l'objectif coiffé de son célèbre iroquois dans une rue de New York.

En apprenant cette semaine qu’Henry Hill, le personnage principal des Afranchis était décédé, on n’a pas pu s’empêcher de revoir les meilleures scènes de l’œuvre qui s’est imposée comme le meilleur film de gangsters des années 90 mais également comme l’un des longs métrages à ranger dans le top 5 (très difficile à faire) de l’ami Scorsese. Puis il y a deux jours, on a su que Jean Dujardin (The Artist) allait jouer dans le prochain Martin, aux côtés de Leonardo DiCaprio (Les infiltrés) et Jonah Hill (Le stratège). Comme tout le monde, on a immédiatement pensé qu’OSS 117 était engagé pour interpréter De Niro jeune, qui devait quant à lui apparaître sous forme d’hologramme, vu qu’il a décidé de ne plus être présent physiquement dans des bons films.

Mais non, on s’est planté. De Niro ne jouera pas virtuellement dans The wolf of Wall Street façon Laurence Olivier (Le limier) dans Sky Captain. Et non, Dujardin ne fera pas comme Bobby dans Le parrain deuxième partie et disposera du rôle d’un banquier suisse. L’œuvre abordera le milieu des traders new yorkais et nous avons déjà hâte de la découvrir. Mais toute cette actualité cinématographique tournée autour de deux monstres sacrés du cinéma américain nous a quelque peu rendus nostalgique et l’on espère encore aujourd’hui assister à une dernière réunion pour un ultime chef d’œuvre.

Le plus grand, ils l’ont déjà fait, notamment avec Taxi Driver. Scénarisé par Paul Schrader (Hardcore), la Palme d’Or de 1976 est probablement l’un des films qui aborde le mieux les traumas d’une Amérique gangrenée par la guerre du Vietnam. Ici aucune vision du conflit comme dans Voyage au bout de l’enfer, également avec De Niro, mais uniquement le retour d’un homme perturbé qui va monter en pression tout au long de l’œuvre avant un final marquant.

Photo de Martin Scorsese dirigeant De Niro à l'arrière du taxi dans le film Taxi Driver.

Toutes les scènes ont leur importance et l’œuvre de Scorsese bénéficie d’une continuité narrative dans laquelle aucun passage n’est superflu. Taxi Driver est un film qui met profondément mal à l’aise puisque l’on est immergé dans la descente aux enfers de cet anti-héros fascinant. Le changement de Travis Bickle débute au cours d’une séquence assez dérangeante. Ayant trouvé un emploi en tant que chauffeur de taxi, Bickle parcourt les rues crades du New York des 70’s la nuit et commence petit à petit à péter un boulon. Mais un jour, au coin d’une rue, il pose son regard sur Betsy, assistante au bureau du sénateur Palantine, en pleine campagne. Travis décide d’aller lui parler et l’invite à un premier rendez-vous. Il voit en elle l’espoir de sortir d’un quotidien terne.

Le fameux soir arrive et pour séduire la femme de ses rêves, le taxi driver se dit qu’il n’y a rien de mieux qu’une bonne séance ciné. Betsy est ravie. Lorsqu’elle s’aperçoit que Travis l’a emmenée dans un multiplexe bien qui diffuse des gangbangs, elle commence à flipper et se rend compte que son compagnon n’est pas très net. Atterrée, elle quitte le cinéma et laisse Travis seul dans la rue. Si l’on a choisi ce moment, c’est qu’il est particulièrement représentatif du décalage entre Bickle et la société. Il constitue le point de rupture du personnage, qui laisse tomber les remises en question et décide d’aller jusqu’au bout de sa croisade destinée à nettoyer les rues de la Grosse Pomme, peuplée de corrompus, de racailles, de putes, d’enfoirés, de junkies, d’animaux. La suite, c’est un Magnum 357, un iroquois et le monologue improvisé le plus connu du septième art.

Dans une ville de huit millions d’habitants, certains se sentent trop seuls, finissent par ouvrir la fenêtre et tirer sur les autres. Film parfait au même titre que Raging Bull, Taxi Driver est une œuvre sociale glaçante qui a inspiré énormément de longs métrages qui n’ont jamais retrouvé sa puissance (Bad Times, Démineurs). Référence pour les historiens de New York, Taxi Driver représente la collaboration que l’on préfère du tandem De Niro-Scorsese qui nous a déjà donné tellement (Mean Streets, New York New York), mais duquel on attend une révérence qui viendrait clore près de 40 ans de carrière en beauté.

Ce contenu a été publié dans Recadrage. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Critique : Taxi Driver – Dérapages incontrôlés

  1. Je viens de le revoir, ce film est juste énorme! Si je m’aventurais sur le terrain politique, ce que je ne fais jamais pourtant, on pourrait croire par moment qu’il s’agit d’un long clip de propagande pour un certain candidat de droite dont je tairai le nom dans ce com.
    Exceptée cette curieuse référence je vous l’accorde, la version Blu-ray bénéficie d’une restauration juste incroyable qui fait l’effet d’une cure de jouvence pour un De Niro qui en imposait autrement à cette époque!
    Merci de m’avoir donné envie de le sortir de son blister en tous cas!

    • Kévin Romanet dit :

      Ca nous fait plaisir que l’aies réapprécié ! Pour De Niro c’est clair que depuis quinze ans, il est pratiquement fini… C’est dommage !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *