Critique : The Artist – Un français à Hollywood

Affiche de The Artist sur laquelle Jean Dujardin et Bérénice Bejo tendent ensemble le bras vers l'objectif.

Il y a quelques jours, The Artist remportait 3 Golden Globes. Dans la semaine, les nominations des BAFTA tombaient, et encore une fois, le film de Michel Hazanavicius partait favori. Qui aurait cru, il y a un an de ça, que lui et son comédien Jean Dujardin se verraient ouvrir les portes dorées d’Hollywood ?

On connaissait leur complicité grâce à la mise à jour du personnage d’Hubert Bonnisseur de la Bath, plus connu sous le pseudonyme OSS 117, et de ses aventures au Caire et à Rio. A vrai dire, les exploits de l’espion avaient fait l’unanimité chez Brozkinos et l’on considère ces films comme deux des meilleures comédies françaises de ces dernières années. Mais tout le monde n’est pas vraiment du même avis. Comment The Artist a donc-t-il pu faire un aussi grand succès dans l’Hexagone et ailleurs si l’on met de côté la promo monstre qu’effectue l’équipe du film pour être en lice dans les palmarès ?

Après le visionnage, la réponse est simple. On vient d’assister à l’une des plus belles déclarations d’amour au cinéma de ces dernières années.

Il fallait avoir du cran pour oser tourner un film muet rendant hommage à l’âge d’or à l’heure où toutes les comédies françaises manquent clairement d’audace. Hazanavicius l’a fait, et avec brio. Tout commence par un film dans le film. Inglourious Basterds (2009) se terminait ainsi en tentant de montrer le pouvoir salvateur du cinéma. The Artist débute comme cela pour mettre en avant la puissance fédératrice du 7ème art. Le public, nous et les spectateurs en noir et blanc, découvre George Valentin, acteur au top niveau dans sa meilleure forme. Tout de suite, les hommages vibrent, à l’image de celui fait aux adaptations muettes de Fantomas réalisées par Louis Feuillade. Il y en aura beaucoup mais elles ne volent rien à leur modèle. C’est l’une des nombreuses qualités de The Artist : nous rappeler sans pomper.

Affiche de Fantomas sur laquelle le héros est immense et surplombe Paris

Dujardin sautille, s’amuse, sourit. On reconnaît le style de l’acteur. Il incarne une sorte de Douglas Fairbanks Jr. Comme lui, il joue dans des œuvres d’aventures telles Les Trois Mousquetaires. Fort de son succès, il n’en finit plus de montrer ses biscottos aux photographes. Et là, il tombe sur une femme. La radieuse Bérénice Bejo. Il va la révéler au grand jour. Tomber amoureux, mais ça, il n’en dira rien. Il restera muet car il est marié. Dès lors, c’est la dégringolade. Nous sommes en 1927 et le cinéma parlant arrive, notamment avec Le Chanteur de Jazz, reconnue comme la première oeuvre à utiliser la parole dans ses dernières minutes. Tout comme The Artist.

Affiche du Chanteur de Jazz avec AL Jolson sur laquelle un homme dessiné chante devant un fond noir.

Peppy Miller (Bejo) passe sans difficultés du muet au parlant et devient rapidement une star. Avec son physique de Louise Brooks (Loulou), elle séduit la foule et devient l’une des concurrentes de Gloria Swanson (Boulevard du Crépuscule). Une véritable icône.

Photo de Louise Brooks posant face à l'objectif.

Louise Brooks

Pendant ce temps, Valentin, refusant de franchir le pas et d’utiliser les mots pour jouer, touche le fond. Il se fait quitter par sa femme, s’enferme et brûle ses pellicules. On a l’impression de voir Howard Hugues, le nabab torturé mis en scène par Scorsese dans Aviator. Ce qu’il se passera ensuite, nous ne le dirons pas pour laisser le plaisir de découvrir à ceux qui ne l’ont pas vu.

Jean Dujardin et Bérénice Béjo brillent dans le film en formant un couple à la Fred Astaire et Ginger Rogers. Ils dansent et bougent avec élégance et c’est un régal pour le spectateur. Mais il faut avant tout saluer le travail d’Hazanavicius qui réussit à mettre en scène un film muet pour nous présenter un homme refusant d’utiliser les nouvelles techniques de son art. Il revient dans le passé pour nous faire comprendre que la peur du changement est en contradiction avec l’ouverture d’esprit. Son message est actuel puisque l’utilisation de la 3D, du numérique et d’autres procédés peut aujourd’hui être bien exploitée, même si elle est gâchée par des adaptations inutiles tournées pour rapporter des pépettes. Mais Avatar, Tintin ou Hugo Cabret rattrapent ce désastre artistique. Le rapprochement entre Hugo et The Artist nous paraît par ailleurs évident. Les deux films ont opté pour des partis pris risqués, le conte pour enfants en 3D pour l’un, le muet pour l’autre, uniquement dans le but de véhiculer un amour au 7ème art et à ses pionniers. Malgré leurs maladresses, ils nous ont tous les deux très largement séduits.

The Artist est un film romantique passionnant et passionné qui nous donne envie de découvrir le travail de nos prédécesseurs que l’on a tendance à oublier. Une tentative artistique réussie comme on en voit trop peu souvent dans le cinéma français. Vous pourrez le (re)voir au cinéma dès le 25 janvier car il est remis à l’affiche suite à ses récompenses outre-Atlantique.

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