Critique : The Offence – Voyage au bout de l’enfer

Affiche en noir et blanc de The Offence de Sidney Lumet. Nous y voyons l'inspecteur incarné par Sean Connery molester un suspect.

Parmi les films de l’impressionnante carrière de Sidney Lumet, The Offence est probablement l’un des moins connus. Il s’agit pourtant de l’une de ses œuvres phares qui aborde toutes ses thématiques de prédilection et plonge le spectateur dans une noirceur absolue. S’il est passé inaperçu en France, c’est parce qu’il a été interdit de sortie durant de nombreuses années. En 2007, il a heureusement bénéficié d’une distribution exclusive dans nos salles puis en DVD qui lui ont permis d’acquérir la reconnaissance qu’il mérite dans l’Hexagone.

Dans The Offence, l’inspecteur Johnson est sur la piste d’un pédophile récidiviste. Lorsqu’il met la main sur un potentiel coupable, il lui fait subir un entretien qui risque de mettre sa carrière en jeu.

Le long métrage de Lumet est à ranger aux côtés de chefs d’œuvre tels que Cruising de William Friedkin ou Les chiens de paille de Sam Peckinpah. S’il est radicalement différent, il nous montre comme les deux films cités l’évolution d’un homme qui bascule peu à peu dans une folie meurtrière. Lumet efface toutes les frontières entre le Bien et le Mal et nous propose une vision désabusée et ultra violente de la vie. Johnson est constamment torturé par les horreurs qu’il a vues pendant vingt ans et l’on comprend petit à petit que son esprit est complètement perverti.

Lumet joue constamment sur l’ambiguïté des personnages et ce jusqu’à l’apparition du générique final, la notion de coupable restera floue et l’on est dérangé longtemps après par le long métrage qui distille un malaise grandissant et viscéral dans l’esprit du spectateur. The Offence provoque des questionnements sur la culpabilité et sur l’intégrité qui viennent balayer toutes les illusions naïves qu’un individu peut avoir.

Photo de Sean Connery dans le film The Offence de Sidney Lumet. L'acteur moleste un détenu avec une chaise. Le détenu est en train de s'écrouler.

Si le film est très réussi, c’est en grande partie grâce à son interprète principal, Sean Connery, qui trouve ici l’un de ses rôles les plus complexes. Il s’agit de l’une des meilleures prestations de l’acteur, qui s’avère aussi prodigieux que dans L’homme qui voulut être roi ou La colline des hommes perdus. Johnson est détestable mais il est impossible de ne pas avoir d’empathie pour lui. Bourré de contradictions, il tente de se contenir constamment mais n’en est plus capable et sa chute est inévitable. A l’inverse de ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas les scènes de torture qui nous choquent le plus mais celles dans lesquelles nous sommes immergés dans son quotidien. Lors des conversations avec sa femme, on comprend que l’homme est confronté à un monde dénué de tout espoir et son sentiment d’incompréhension heurte le spectateur.

Si l’on ne décroche jamais du récit, c’est également grâce à la mise en scène de Lumet qui tourne dans une Angleterre glauque, grise où les seules lumières apparentes sont celles des néons de la salle d’interrogatoire. Le scénario basé sur une pièce de théâtre nous malmène et brise constamment nos attentes. On pensait que l’interrogatoire constituerait toute la deuxième partie du film. En vérité, il ne représente qu’une fraction assez courte de l’œuvre et l’on est témoins d’un inversement des rôles notamment pour le héros qui après avoir été le bourreau, devient la victime.

The Offence est un choc qui, plus de quarante ans après, continue à faire le même effet. Perturbante, l’œuvre prouve que Sidney Lumet est l’un des artistes les plus fascinants du cinéma américain. Si vous étiez habitués au Sean Connery élégant de l’époque James Bond, ce film vous révélera une nouvelle facette de l’acteur, impressionnant de justesse dans ce rôle que peu de comédiens auraient pu interpréter avec tant d’intensité.

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