Critique : The Place Beyond The Pines – Des hommes sans loi

Affiche du film The Place Beyond The Pines de Derek Cianfrance. Dans une petite ville américaine sous la pluie, nous voyons le personnage de Ryan Gosling de dos, vu de loin, sur une moto au feu rouge.

Dire que l’on attendait The Place Beyond The Pines avec impatience serait un euphémisme encore trop léger pour définir notre envie de voir le long métrage. La réunion de Derek Cianfrance et Ryan Gosling après le bouleversant Blue Valentine dans une histoire de gangsters, on ne l’aurait même pas rêvée. Mais malgré notre euphorie, nous restions sceptiques car comme nous l’avions expliqué dans cet article, Cianfrance avait frappé tellement fort avec sa précédente œuvre qu’on doutait qu’il puisse atteindre à nouveau un tel niveau.

Luke Glanton est un cascadeur qui a un don pour la moto. Lorsqu’il découvre qu’il a un fils avec Romina, une habitante de son patelin, il décide de rester en ville et de laisser tomber sa tournée de spectacles pour endosser son rôle de père. Pour subvenir aux besoins de sa famille, Luke se met à braquer des banques. Rapidement, le jeune policier Avery Cross se lance à sa poursuite.

Des fulgurances, il y en a dès le début dans The Place Beyond The Pines, à l’image de l’apparition de Gosling filmé de dos durant un long plan séquence avant d’enfourcher sa bécane avec son charisme habituel. En trente secondes, le comédien et le cinéaste donnent naissance à un personnage iconique qui restera dans les mémoires et qui est probablement ce que l’on retiendra de plus du film. Dans son rôle de paternel souhaitant le meilleur pour son enfant et surtout une vie différente de la sienne, Gosling est sobre, silencieux comme le chauffeur de Drive mais beaucoup plus poignant dans ses réactions. La trajectoire de Glanton est obligatoire et comme les quatre autres protagonistes principaux dont celui interprété par Bradley Cooper, sa destinée semble logique et nous sommes confrontés ici à des hommes bourrés de bonnes intentions qui ne parviennent malheureusement pas à faire les bons choix.

Si l’on est fasciné par Glanton, on ne l’aime pas pour autant même si l’on s’attache à lui. Cianfrance signe une fresque familiale dans laquelle plusieurs parcours se croisent et où chacun fait des mauvaises décisions, est rongé par la culpabilité mais tente tout de même de s’en sortir coûte que coûte. Le talent du réalisateur est de savoir mettre en scène des personnages normaux confrontés à des dilemmes universels. Ce réalisme était déjà présent dans Blue Valentine et c’est ce qu’on apprécie le plus chez lui. Il sait dévoiler des récits sans fioritures qui en deviennent ainsi bien plus bouleversants. Malheureusement, dans la dernière partie, on tombe dans certains clichés et s’il n’en tenait qu’à nous, on aurait enlevé quelques minutes qui ne sont pas indispensables. La fin est belle mais les ficelles sont trop grosses à nos yeux.

Photo de Ryan Gosling dans le film The Place Beyond The Pines de Derek Cianfrance. L'acteur est sur le perron d'une maison et tient son fils dans ses bras, le regard grave.

L’autre reproche que l’on pourrait faire à l’œuvre est que même si la mise en scène est très réussie, il n’y a rien que l’on ait pas vu ailleurs et en mieux. Si l’on apprécie la caméra à l’épaule et les plans serrés de Cianfrance, on regrette qu’il n’y ait pas de meilleures transitions entre les différentes histoires. L’auteur n’est ni Scorsese (Les affranchis, Casino), ni James Gray (La nuit nous appartient) et son long métrage manque peut être légèrement d’audace dans sa réalisation.

Mais cela ne nous empêche pas d’adhérer au film qui alterne brillamment entre les scènes brutales et les séquences politiques dans lesquelles nous découvrons un homme tiraillé entre son intégrité et son ambition. Le scénario est original et vaut surtout pour la qualité d’écriture des protagonistes. Au niveau des interprètes, Bradley Cooper prouve encore une fois après Happiness Therapy qu’il n’est pas condamné à jouer dans des Very Bad Trip et autres Agence tous risques. Beaucoup de monde a dit qu’Eva Mendes retrouvait le même rôle que dans La nuit nous appartient. Nous ne sommes pas du même avis. Si elle est ici plus effacée, elle est également plus touchante et Romina est probablement le personnage central de l’œuvre qui assiste malgré elle à l’effondrement des hommes qu’elle aime.

The Place Beyond The Pines n’est pas le chef d’œuvre espéré mais il y a néanmoins de très grandes choses à retenir du film. De nombreuses péripéties vont vous surprendre et vous serez sûrement étonnés par le déroulement inattendu du long métrage, qui nous a épatés malgré ses quelques défauts.

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