Critique : The Secret – La cité des enfants perdus

Affiche du film The Secret de Pascal Laugier. Au milieu d'un village délabré et sous la pluie, un ours en peluche est sur le sol comme s'il était abandonné.

La première fois qu’on a entendu parler de The secret, on s’est tout de suite dit qu’on allait avoir droit à un navet. Pas parce qu’on n’aime pas Pascal Laugier (Martyrs), l’un des meilleurs réalisateurs de films de genre français. Pas non plus parce qu’on n’apprécie pas Jessica Biel, actrice talentueuse qui choisit malheureusement des longs métrages peu mémorables (Total Recall). Mais parce qu’on sait que lorsqu’un frenchie part tenter sa chance à Hollywood, l’expérience peut être douloureuse pour lui et le résultat final loin de ses intentions initiales (Babylon A.D.). Evidemment, il y a eu le cas Alexandre Aja (La colline a des yeux) ou même celui de Michel Gondry (The Green Hornet) qui sont de parfaits contre-exemples. Et à leurs côtés nous pouvons aujourd’hui ajouter Pascal Laugier, qui vient de nous surprendre totalement avec une œuvre peu commune et assez dérangeante.

A Cold Rock, ville isolée des Etats-Unis, de nombreux enfants disparaissent. La légende dit qu’un individu quasiment invisible, baptisé « the Tall Man », se glisse dans les maisons la nuit pour kidnapper ses jeunes victimes. Lorsque son fils est enlevé, Julia se lance immédiatement à la poursuite de cette créature impitoyable.

The secret commence comme un film d’horreur classique. Laugier choisit parfaitement son cadre, des forêts brumeuses et une ville déserte, pour créer une ambiance inquiétante. Il reprend le mythe du Boogeyman, cet homme qui arrache les enfants à leurs parents. Cependant, comme dans le poétique mais décevant Intruders de Juan Carlos Fresnadillo (28 semaines plus tard), le monstre n’est ici qu’un prétexte pour amorcer une intrigue pleine de rebondissements.

Photo de Jessica Biel dans le film The Secret. L'actrice court sur la route derrière un véhicule qu'elle tente de rattraper et vers lequel elle a la main tendue.

Laugier s’amuse à manipuler son spectateur constamment. En l’espace de vingt minutes, il évoque des thèmes comme la schizophrénie ou le survival et le public est complètement largué. On ne sait plus où regarder car on cherche les moindres détails qui pourraient nous en révéler un peu plus. Ceux qui se rendront dans la salle pour sursauter seront probablement déçus car ce n’est pas la peur que veut provoquer Laugier mais le questionnement.

Petit à petit, il dévoile une histoire complexe, n’utilise pas l’habituel happy end et boucle son film de manière assez ambigüe. On ressort de la salle mitigé, ne sachant pas si l’on est révolté par le message et la morale que l’on vient de découvrir ou si au contraire on est complètement emballé. En cela, l’œuvre nous fait le même effet que Le village, de Shyamalan, même si les deux n’ont strictement rien à voir au niveau du scénario. Laugier a eu l’intelligence de prendre tous les éléments classiques du genre comme le paysage désert, la présence de l’homme masqué, la communauté de rednecks vivant dans un environnement poisseux et délabré pour les détourner et les adapter à son propos. On comprend que beaucoup de gens soient ressortis dépités mais l’on ne peut pas reprocher au cinéaste de nous avoir livrer un film vide de sens, que nous soyons d’accord avec sa théorie ou non. Quand on voit toutes les séries B débiles qui défilent dans les salles, on se dit qu’un long métrage comme The secret ne peut vraiment pas faire de mal.

The secret est loin d’être le nanar attendu et prouve une nouvelle fois qu’un auteur français peut imposer son point de vue à Hollywood. Porté par une actrice impeccable, le long métrage de Laugier est à découvrir pour se faire sa propre idée. On parie que vous serez surpris.

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