Critique : The Ward – Papy fait de la nonchalance

Affiche du film The Ward de John Carpenter sur laquelle Amber Heard est attrapée par des fantômes et crie.

Pour Brozkinos, le cinéma d’horreur et fantastique n’auraient pas évolué de la même manière sans John Carpenter. L’auteur a tellement apporté aux genres qu’il en est devenu une légende, admiré pour sa subversion et pour n’avoir jamais baissé son slip pour Hollywood. Son esprit féroce l’aura condamné et il est aujourd’hui difficile pour le cinéaste d’obtenir des fonds pour financer ses longs métrages, d’autant plus que ses soucis de santé n’arrangent pas les choses. Alors forcément, nous étions particulièrement excités à l’idée de voir le maître se remettre au boulot pour les salles obscures, chose qu’il n’avait pas retenté suite à l’échec cuisant de Ghost Of Mars en 2001. Il est revenu quelques années plus tard avec deux épisodes pour la série Masters Of Horror, qui nous ont laissés une impression mitigée. On attendait donc avec impatience The Ward.

Après une scène d’introduction qui nous met dans l’ambiance et un générique assez joli, saupoudré d’une musique envoûtante de Mark Kilian qui nous rappelle plus les partitions de Danny Elfman que celles que Carpenter composait lui-même durant la grande époque (Halloween, New York 1997), on reste enthousiastes et l’on se dit que l’on va pénétrer avec plaisir dans cette intrigue de fantômes qui prend place dans un hôpital psychiatrique dans les années 60. Puis, petit à petit, plus le film avance, plus le sentiment s’efface. Tout d’abord parce que Carpenter a du mal à nous faire sursauter, malgré une réalisation soignée, mais beaucoup trop classique par rapport à ce dont il nous avait habitué. On se souvient des effets spéciaux tout pétés de Los Angeles 2013 mais l’on se dit qu’au moins eux, ils avaient de la gueule et étaient uniques. Ici, il est difficile de faire plus sobre. Une remarque nous vient ensuite : on n’a pas l’impression que le scénario est de Big John. Bingo ! C’est celui de deux débutants, les frères Rasmussen. On comprend mieux pourquoi il est aussi sage, qu’il ne lance pas de coup de gueule ou de messages contre la société et l’industrie cinématographique.

Par certains aspects, le film nous rappelle Sucker Punch de Zack Snyder (300), que j’avais personnellement trouvé moche visuellement et surtout bête. Ici aussi, les patientes ne sont que des jeunes filles qui titilleront sûrement les hormones des pré-pubères lors d’une scène de savonnage entre deux sursauts, avant un dénouement moisi, déjà vu tellement de fois qu’il ne peut que nous laisser sur notre faim. Tous les codes du film d’hôpital sont réutilisés comme si c’était la première fois. Le casting est sympathique mais pas exceptionnel, et ne rattrape pas tout ce gâchis vide de sens. Les effets spéciaux sont miteux et la tronche du fantôme nous fait plutôt rigoler que sursauter. 30 ans après leur sortie, des films comme The Thing paraissent plus modernes que The Ward.

Photo du fantôme avançant vers l'objectif dans le film The Ward de John Carpenter.

A notre grand désespoir, la déception est à la hauteur de nos attentes. On se console en se disant que Carpenter n’a ni écrit, ni produit son film et qu’il n’avait donc pas une liberté artistique aussi large que sur ses œuvres personnelles. Ou peut être qu’il est trop vieux pour ce genre de conneries.

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