Critique : Un homme est passé – Ca parle d’un manchot et c’est mieux que La marche de l’empereur

Affiche dessinée d'Un homme est passé de John Sturges sur laquelle l'acteur est debout devant un chemin de fer, observant au loin.

Un homme sort d’un train dans une petite ville au milieu du désert de l’Ouest américain. Cette minuscule cité se nomme Black Rock et dès l’arrivée de cet inconnu, les hommes se montrent méfiants. Qu’est-il venu faire ici ? Et eux, qu’ont-ils à cacher si précieusement ?

Pour continuer dans la rubrique Back To The Past, après l’excellent Chiens de paille de Sam Peckinpah, nous abordons aujourd’hui une œuvre qui a elle aussi été mise en scène par un grand réalisateur américain, John Sturges, papa de La grande évasion ou des Sept mercenaires. Même si le film n’a rien à voir avec celui de Peckinpah, ils ont tout de même un point commun : celui de suivre un homme malmené par un groupe d’individus sans réelles raisons apparentes.

Ici, nous sommes dans un contexte d’après-guerre, en 1945, et Sturges parvient à évoquer les traumas d’une population qui n’a pas supporté l’attaque de Pearl Harbor et qui véhicule une haine profonde pour ses ennemis de la seconde guerre mondiale. Comme le font aujourd’hui beaucoup d’œuvres avec le 11 septembre, Un homme est passé évoque le sujet, avec une grande force sans pour autant l’aborder frontalement. Il préfère, et c’est honorable, dressé un suspense dans cette ville de l’Ouest perdue et ignorée dans laquelle le train ne s’était pas arrêté depuis quatre ans. L’homme mystérieux tombe sur une communauté vivant en autarcie et nous parle du racisme, qui sera la cause de situations dramatiques auxquelles on ne s’attend pas forcément. Le scénario a beau avoir vieilli, le film n’en reste pas moins un véritable régal et l’on y retrouve des thèmes encore importants aujourd’hui, et surtout non résolus.

Mais Sturges, intégrant ses messages avec brio, sait qu’il est là avant tout pour divertir le spectateur, et là aussi, il réussit son coup sans problèmes. Il revient en quelque sorte à son genre de prédilection, le western, à travers les décors de la ville et toutes les étendues désertiques qui sont sublimes. L’homme solitaire face à la communauté, les bottes pleines de sables, les dialogues tendus, le duel final. Tout y est.

Photo de Spencer Tracy et Walter Brennan discutant à la gare dans le film Un homme est passé de John Sturges.

Spencer Tracy (Devine qui vient diner) fut récompensé à Cannes en 1955 pour son interprétation brillante de cet inconnu, manchot mais tout de même dangereux. Il est épaulé par un casting phénoménal dont le gigantesque Robert Ryan, étonnant en pourri. Il retrouvera Sturges 12 ans plus tard dans 7 secondes en enfer, remake du réalisateur de son propre film Règlement de comptes à O.K. Corral dont il n’était pas satisfait, dans lequel il incarnera encore une fois un bad guy. Pour le reste, la distribution est constituée, entre autres, de Lee Marvin (Les douze salopards), Ernest Borgnine (La horde sauvage) ou de l’un des meilleurs seconds rôles du cinéma américain, Walter Brennan (La poursuite infernale). Autant le dire, le casting le plus badass réuni depuis reste Expendables.

Un homme est passé est un petit chef d’œuvre qu’il faut voir si l’on est amateurs de westerns, de tous les acteurs cités ou du réalisateur. Et même si vous n’aimez rien de ces trois choses, peut-être pourra-t-il vous les faire apprécier.

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