Critique : Vol au dessus d’un nid de coucou – Asile de doux

Affiche du film Vol au dessus d'un nid de coucou de Milos Forman sur laquelle Jack Nicholson regarde vers le ciel. Un grillage et des barbelés sont visibles derrière lui.

Jack Nicholson a l’une des plus belles carrières du cinéma américain. Douze nominations aux Oscars, dont trois pour lesquelles il est ressorti vainqueur, il est, au même titre que Robert De Niro, Al Pacino ou Dustin Hoffman, l’une des figures phares du Nouvel Hollywood. Ayant travaillé avec les meilleurs (Martin Scorsese, Roman Polanski, Stanley Kubrick, Elia Kazan…), il a su trouver au fil des années des rôles qui lui ont permis de se renouveler continuellement et de participer à des projets brillants, même si quelques erreurs de parcours ont eu lieu (Blood and wine). Acteur au passé tumultueux, on a tendance à penser que c’est dans les rôles de tarés qu’il excelle. C’est en partie vrai. Souvenez-vous du parrain des Infiltrés, du Joker cartoonesque de Batman ou encore du propriétaire halluciné de Shining. Mais lorsqu’il fait preuve de sobriété, il atteint une quasi perfection qui ne peut que sublimer l’œuvre pour laquelle il est engagé. C’est le cas de Vol au dessus d’un nid de coucou.

Prenant place dans un hôpital psychiatrique, cadre qui paraît parfait pour Nicholson, le film débute sur l’arrivée d’un nouveau patient, l’excité R.P. McMurphy, incarné par le comédien. Renvoyé du pénitencier dans lequel il purgeait une peine pour viol sur mineure, McMurphy débarque dans un univers où il découvre que les patients n’ont pas forcément le traitement qu’ils méritent. Petit à petit, les médecins s’aperçoivent à leur tour que McMurphy n’a pas du tout l’air malade. Une lutte entre les deux camps s’engage.

Photo de Jack Nicholson jouant avec l'arrosage dans le film Vol au dessus d'un nid de coucou de Milos Forman.

Mis en scène par Milos Forman (Amadeus, Man on the moon), Vol au dessus d’un nid de coucou a la grande qualité d’aborder un sujet déchirant et déprimant avec une approche apparemment légère. Forman sait filmer ses comédiens naturellement, sans artifices émotionnels et emmène son spectateur au cœur de rapports savoureux et souvent drôles. Mais si le spectateur rit, ce n’est pas pour se moquer des différents protagonistes incarnés par d’excellents interprètes qui sont au début de leur carrière (Danny Devito, Brad Dourif, Christopher Lloyd). Non, au contraire, à l’image de McMurphy, il s’attache à eux et aime le vent de fraicheur que leur apporte le nouveau patient, qui a plus d’un tour dans son sac. Nicholson est brillant, à la fois intrigué par ses nouveaux amis et déterminé à s’évader. McMurphy fera vivre à tous ces individus, cloîtrés et effrayés par le monde extérieur, une expérience bien plus bénéfique que les discussions stériles censées les soigner.

Le comédien s’efface derrière son rôle, qui se dévoile petit à petit jusqu’à un final magistral. On ressent sa rage face à la terrible infirmière Ratched (Louise Fletcher), impassible et dénuée d’émotions derrière son visage angélique, et son envie d’aider tous les autres individus. La manière de l’aborder par Forman et le jeu de Nicholson font de McMurphy l’un des meilleurs personnages du septième art.

Véritable ôde à la fraternité, à l’amitié et à la liberté, Vol au dessus d’un nid de coucou est l’un de ces films qui nous fait pénétrer dans son sujet grâce à l’humour et la neutralité pour mieux nous frapper et nous bouleverser dans les trente dernières minutes. Nicholson y trouve l’un des rôles de sa vie, et prouve, comme dans The Pledge ou Chinatown, que la rationalité, ça peut aussi être son truc.

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